Abitibi-Témiscamingue

Les Algonquins tentent de sauver leur langue

David Prince

Publié le:

Les jeunes algonquins parlent de moins en moins leur langue. Si rien est fait, elle disparaîtra d'ici une génération ou deux.

Mais il n'est pas trop tard pour renverser la tendance et plusieurs efforts sont tentés dans les communautés afin de la préserver.

Selon un sondage réalisé dans la communauté de Pikogan, près d'Amos, seulement un ou deux élèves par classe parlent l'algonquin. «Pour la plupart, ils la comprennent, mais ont un blocage quand ils veulent la parler. Ils ont peur de faire des erreurs. Comme nous quand on apprend une langue étrangère. Mais cette langue n'est pas étrangère, c'est la leur», déplore la consultante en langue anicinabe, France Mowatt. Les gens de 45 ans et plus n'ont pourtant aucune difficulté avec leur langue maternelle. «La cassure s'est fait avec la génération qui a fréquenté les pensionnats autochtones. Pas moins de 10 mois par année, ils n'avaient pas le droit de parler leur langue. Alors, ça s'est perdu», se désole Mme Mowatt.

«Depuis une vingtaine d'années, tous les élèves de l'école assistent à une heure de cours d'algonquin par semaine, mais ce n'est pas suffisant. On ne peut leur en donner plus, car ils prendraient alors du retard dans les autres matières», indique Mme Mowatt.

«On va la sauver»
La première étape afin de sauver l'algonquin est de prendre conscience du problème. Le rappeur Samian, qui chante en algonquin, a eu un impact positif sur toute une génération. «On sent que les jeunes sont fiers de leur langue. De plus en plus, ils veulent l'apprendre et la préserver. On entend souvent dans la communauté les gens dire: «On va perdre la langue». On est en train de changer cette vision négative par: «On va sauver notre langue», indique Mme Mowatt.

Conjugueur à la rescousse Afin d'aider les enfants et leurs parents à se réapproprier leur langue, Mme Mowatt a construit un outil qui facilite l'apprentissage de l'algonquin. «Ça ressemble un peu à un Bescherelle. On l'appelle le Conjugueur. J'espère beaucoup que ça aidera les jeunes parents de 25 à 30 ans à améliorer leur algonquin. Ils pourront ainsi aider leurs enfants», soutient Mme Mowatt. Les aînés mettent également l'épaule à la roue en rendant visite chaque mois aux élèves. «Les jeunes sont fiers quand ils réussissent à communiquer avec les aînés», souligne l'enseignante.

Puisque une heure de cours par semaine au primaire n'est pas suffisant, les communautés demandent de l'argent au gouvernement afin de pouvoir offrir des cours les soirs et les fins de semaine. «Il faut pouvoir développer des outils pédagogiques modernes pour enseigner notre langue. C'est une richesse qu'il ne faut pas perdre», soutient Mme Mowatt.

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