QUÉBEC- Le temps est venu pour le premier ministre Jean Charest d'intervenir afin de sortir des tablettes le rapport Castonguay sur le financement des soins de santé, estime l'ancien ministre libéral Claude Castonguay.
Cet ex-ministre de la Santé a présidé un groupe de travail qui a déposé, en février 2008, un volumineux rapport de 300 pages, dont certaines des principales recommandations ont été rapidement écartées par le ministre Philippe Couillard.
«Au lieu d'analyser sérieusement notre rapport, le ministre Bolduc a choisi de l'ignorer. À deux reprises, j'ai offert de lui présenter le contenu de ce rapport qui, en passant, a coûté plus de 400 000$ aux contribuables», formule M. Castonguay dans une lettre adressée aux médias.
«Les gens sont inquiets et espèrent que les mesures qui s'imposent seront prises. Le maintien au rancart de nos recommandations ne fait plus de sens. Le temps est manifestement venu de sortir notre système de santé de son état de crise chronique et de rassurer la population. Au terme de nos travaux, nous recommandions en premier lieu une augmentation de 1/2% de la TVQ et l'introduction, non pas d'un ticket modérateur, mais d'un T-4 santé (une franchise plafonnée à environ 1% ou 2% du revenu familial).»
«Le rejet fut catégorique. Mais, surprise, peu de temps après sa réélection avec une majorité de sièges, le gouvernement annonçait son intention de hausser la TVQ de 1%. Il semble même qu'il s'apprêterait à annoncer une hausse additionnelle de 1%», écrit M. Castonguay.
Selon ce dernier, les propositions du rapport Castonguay permettraient de réduire graduellement la progression des coûts du système, d'au moins 10% par année.
Cela, sans réduire les services et tout en respectant pleinement le caractère public et universel du système de santé, insiste M. Castonguay. «Sur un budget de 26 milliards, les économies possibles sont substantielles. La décision de rejeter notre rapport était-elle justifiée? Poser la question, c'est y répondre. Le ministre Bolduc préfère agir sans plan d'ensemble au fur et à mesure que les problèmes et les crises surgissent.
«Notre rapport proposait également un décloisonnement encadré de la pratique médicale et une ouverture limitée sur le secteur privé. Il s'agit de propositions de nature complémentaire qui ne remettent pas en cause l'universalité du système. Bien que ces propositions demeurent à mon avis pleinement pertinentes, ouvrir à ce moment-ci un débat sur ces questions aurait malheureusement pour effet de détourner l'attention de l'enjeu prioritaire», émet M. Castonguay.