Nathalie Normandeau

«J'ai d'autres choses à faire que gérer l'Association gazière»

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Nathalie Normandeau.

©Agence QMI/Archives

Nathalie Normandeau.

Les grands dossiers énergétiques ont pris le haut du pavé de l'actualité de la rentrée. On pense à la fermeture de la raffinerie de Shell, l'exploration des gaz de schiste, l'exportation de notre hydroélectricité. les sujets ne manquent pas.

Argent a donc rencontré la ministre des Ressources naturelles, la Gaspésienne Nathalie Normandeau, une actrice de premier plan de ce théâtre où les positions citoyennes entrent souvent en collision avec de grands intérêts commerciaux et financiers.

Parlons de l'exploration des gaz de schiste. Plusieurs ont évoqué qu'il y a une proximité entre l'industrie et votre gouvernement alors que différents conseillers politiques travaillent maintenant à la défense de l'exploration de ces gaz. J'aimerais vous entendre là-dessus. J'ai eu l'occasion de le dire plusieurs fois. La réponse est non: il n'y a pas de proximité entre l'industrie et le gouvernement du Québec. Comme ministre, j'ai bien d'autres choses à faire que de gérer l'agenda de l'Association gazière et pétrolière! Il y a des gens qui ont une expérience de travail au sein de différents gouvernements, mais ils ont le droit de travailler! Et après la politique, il y a une vie! On cite des Libéraux notamment Martin Daraîche qui a travaillé pour moi et qui est maintenant chez National mais cela fait des années qu'on ne travaille plus ensemble. Stéphane Gosselin (NDLR : jusqu'à tout récemment chef de cabinet du ministre du Développement économique) a pris le soin d'aller cogner à la porte du commissaire au lobbyisme pour s'assurer qu'il pouvait accepter l'offre de l'Association gazière. Mais il faut dire une chose: il y a plein d'autres exemples dans les autres partis comme le cas de Guy Chevrette. Il a été ministre des Ressources naturelles et s'est retrouvé PDG du Conseil de l'industrie forestière.

Mais attention, Guy Chevrette a probablement plus d'entrées dans un gouvernement péquiste que dans une administration libérale. Ce n'est pas le même contexte.

Ce que je veux soulever, c'est qu'il y a plein d'exemples dans tous les partis: Marie Grégoire qui était députée adéquiste est maintenant chez HKDP, il y a aussi Gilles Baril, David Cliche (NDLR: anciens ministres péquistes). Il y a une multitude d'anciens ministres ou anciens attachés politiques qui doivent gagner leur vie. Il y a une loi qui existe, on doit se conformer comme l'a fait Stéphane Gosselin. S'il y avait une proximité si grande, pourquoi avons-nous convoqué le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sachant que l'industrie n'était pas favorable? Mon rôle à moi c'est de travailler avec l'ensemble des intervenants qui oeuvrent dans cette industrie-là. Dans le cadre de l'élaboration de la Loi sur les hydrocarbures, je veux m'assurer d'avoir tous les partenaires autour de la table : industrie, groupes environnementaux, UPA, les municipalités.

Vous avez fermé la porte à un moratoire. Est-ce que votre pensée a changé depuis cette annonce?

Non, il n'y en aura pas de moratoire! Est-ce qu'on peut au Québec arrêter de gouverner et de développer à coup de moratoires! À chaque fois qu'il y a un défi à relever dans les ressources naturelles, on brandit une menace. Cette demande du Parti Québécois est révélatrice de l'immobilisme qui existe au sein de ce parti.

Est-ce que vous avez évalué les retombées économiques des gaz de schiste?

En phase commerciale qui devrait s'amorcer en 2014, les investissements devraient atteindre 1 milliard de dollars au Québec. On parle entre 6000 et 10 000 emplois qui devraient être créés. Un autre point important: en ce moment, 13 % de notre portefeuille est comblé par le gaz naturel et cette portion pourrait augmenter. Étant donné qu'il s'agit d'une source d'approvisionnement moins polluante que le pétrole, on pourrait effectuer des conversions vers ce gaz 100 % québécois.

Dans le dossier de Shell, vous devez approuver ou pas le démantèlement des installations. Où en êtes-vous actuellement?

La décision de Shell entourant ses installations commande énormément d'analyse. Ce qui est clair c'est que l'enjeu principal est la sécurité de nos approvisionnements. À cet égard, Shell a déposé un plan, car l'entreprise veut transformer sa raffinerie en terminal. Donc légitimement, nous devons savoir de quels endroits sur la planète viendront les approvisionnements, est-ce qu'il y a des contrats à long terme qui sont signés, etc. Nous avons une multitude de questions à poser à Shell. Et la décision devrait tomber quelque part en septembre.

Vous semblez avoir une opinion différente de celle des travailleurs sur la sécurité énergétique.

C'est l'enjeu principal qui va conditionner notre décision. Les travailleurs prétendent que la fermeture de la raffinerie ferait en sorte d'hypothéquer notre sécurité énergétique. Moi, à ce stade-ci, j'ai une opinion plutôt contraire à celle du syndicat, mais je veux aller au fond des choses et s'assurer qu'on ait toutes les réponses par rapport à l'approvisionnement.

Autre sujet: Hydro-Québec a prolongé une entente de plusieurs années avec le Vermont il y a quelques semaines. On sent vraiment qu'il s'agit du type d'entente que vous visez dans l'avenir.

Oui et on souhaite que d'autres États américains le fassent également avec nous. (.) Vous savez, en 2003, on a appuyé sur l'accélérateur vers les exportations. Le gouvernement a fait ce choix, c'est payant pour le Québec. Pour l'année 2009, 10 % de tous les revenus venaient des exportations ce qui équivaut à 1,2 milliard de dollars de revenus. C'est pourquoi on a fait le développement des grands projets hydroélectriques. Nous ne sommes pas gênés de le dire: l'exportation, c'est payant pour les Québécois et cela va nous permettre de générer des bénéfices pour les générations à venir.

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