OTTAWA - Le Service correctionnel du Canada(SCC), qui vient d'engager la toute première gardienne de prison musulmane au Canada, suscite des commentaires très partagés après avoir permis à cette future employée de porter un hijab adapté aux dangers liés à l'institution.
L'agente, en formation pour encore sept semaines, pourra porter des gants et des manches longues afin d'éviter les contacts peau à peau avec les détenus, conformément à ses pratiques religieuses. Toutefois, si les circonstances l'exigent, elle pourrait être tenue de les enlever.
Une entente mutuelle entre la future agente correctionnelle et le SCC concernant les contacts physiques avec les hommes - qui sont interdits en vertu de la foi musulmane - a été établie, tout comme un calendrier des prières pendant les pauses qui respecte à la fois les obligations religieuses et le processus rigoureux de formation.
Le Congrès musulman canadien a dénoncé la «rectitude politique» démontrée par le SCC en permettant le port de ce hijab spécial.
La vice-présidente Salma Siddiqui a déclaré que ce vêtement adapté ainsi que l'horaire des prières étaient une «absurdité», précisant que les convictions religieuses ne devraient pas être un facteur à considérer pour quiconque choisit le métier d'agent correctionnel.
«Je ne crois pas qu'on devrait porter plus d'attention au fait que quelqu'un soit musulman ou non, a affirmé Mme Siddiqui à l'Agence QMI. Ils [le SCC] sont politiquement corrects. Nous n'avons pas à vivre avec ce sentiment de culpabilité.»
Mme Siddiqui a rappelé que le port du hijab n'est pas obligatoire dans la religion musulmane, et elle craint que ce vêtement alimente des craintes envers «l'infiltration» de l'idéologie islamiste dans la société, d'autant plus que le hijab est également «l'uniforme» de la confrérie musulmane et du mouvement islamiste international.
Par contre, le député libéral Mark Holland ne voit aucun problème dans ces accommodements pourvu que la sécurité dans le milieu correctionnel et la qualité du travail ne soient pas compromises.
«Quand c'est possible, vous voulez de la variété dans un milieu de travail, a dit le député. Ceci peut même faire partie du processus de réhabilitation, lorsque vous avez une variété d'individus travaillant dans les prisons qui peuvent comprendre les différences culturelles et religieuses.»
Nermine Barbouch, directrice exécutive du Forum musulman canadien, a salué le courage de l'employée pour envisager le métier d'agente correctionnelle.
«Si les deux parties en sont venues à une entente, il ne devrait pas y avoir de problème, a-t-elle dit. Elle est capable d'accomplir ce que d'autres font. Je n'aime pas voir ça comme une question d'accommodement raisonnable ou de tout autre forme d'accommodement.»