Énergie

Le gros lot pour les gazières, des grenailles pour l'État


Olivier Bourque

Publié le:

MONTRÉAL - La valeur des permis d'exploration de gaz de schiste au Québec a explosé durant les derniers mois, selon un rapport d'une firme spécialisée en énergie.

Cette véritable manne de plusieurs milliards de dollars détenue par l'industrie passe ainsi sous le nez du gouvernement du Québec.

Dans le document daté du 10 septembre, Macquarie s'attarde au potentiel de la compagnie australienne Molopo qui possède les droits d'exploration sur 861 980 hectares un peu partout au sud du Saint-Laurent, de l'Estrie jusqu'au Bas-Saint-Laurent.

Depuis 2008, l'entreprise australienne paye ses droits d'exploration environ 90 000 $ annuellement à l'État québécois. À la sixième année, Molopo payera 50 cents l'hectare pour conserver ses droits. L'entreprise doit aussi effectuer des travaux obligatoires chaque année. Mais entre le prix payé à l'État et le prix de vente, l'écart s'est agrandi considérablement. Selon le rapport de Macquarie, les permis pourraient être vendus à 575 $ l'hectare à des années-lumière du prix déboursé par l'industrie soit 10 cents l'hectare!

En vertu de cette analyse, Molopo pourrait obtenir jusqu'à 500 millions $ de dollars si elle décidait de vendre ses permis, ce qu'elle souhaiterait faire en partie, selon le rapport.

En pleine crise concernant la vente de Pétrolia, voilà un autre trésor dont le gouvernement s'est départi à rabais, croit Daniel Breton, président de Maître chez nous.

« Il y a plusieurs personnes qui sont favorables au développement actuel du gaz de schiste dans sa forme. Et ils disent, c'est le libre marché qui doit régner. Mais en fait, le gouvernement n'a jamais obtenu prix du marché avec ses permis», a-t-il dit.

« Le gouvernement a sciemment cédé cela très en bas du prix du marché. Donc on ne parle pas de libre marché, mais bien de subventions aux entreprises pour acheter nos ressources », a poursuivi M. Breton.

Toutefois, selon une source bien informée, c'est l'industrie qui a créé cette valeur aux différents permis en investissant 200 millions de dollars lors des dernières années. «Si on avait mis les permis aux enchères, personne n'aurait investi! », a cette personne qui veut demeurer anonyme.

Molopo n'a pas rappelé pour expliquer si elle avait effectué la vente de ces permis lors des derniers mois. De son côté, le ministère des Ressources naturelles n'a pas voulu dire quelles étaient les ententes avec les gazières et ne connaissait pas non la superficie des terrains sur lesquels les permis ont été vendus.

Les permis d'exploration appartenaient à la division pétrole et gaz d'Hydro-Québec pour l'île d'Anticosti et l'Est du Québec, ainsi qu'au ministère des Ressources naturelles ailleurs sur le territoire québécois, notamment dans la vallée du Saint-Laurent, où les gazières explorent le sous-sol à la recherche de gaz de schiste.

La division Pétrole et Gaz d'Hydro-Québec a été démantelée progressivement jusqu'à la fin de 2006 et les permis ont été rapidement vendus à l'industrie à partir de 2008.

Cette division avait été créée par l'ancien premier ministre Bernard Landry en 2002. Mais dès mai 2005, le PDG d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, avait affirmé clairement qu'Hydro-Québec prenait le cap des énergies renouvelables.

Sous sa direction, Hydro-Québec s'est alors retirée des activités en lien avec la production et la prospection pétrolière et gazière. Elle n'a plus d'activités dans ce domaine.

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