Un « filet de sécurité » pour faire encore plus d'élèves

L'école obligatoire jusqu'à 18 ans

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Sébastien Ménard

Journal de Montréal, Publié le:

Des élèves de l'école ­secondaire Europaschule de Borheim, non loin de Bonn.
En Allemagne, les jeunes ­doivent étudier au moins jusqu'à 18 ans.

Photo Sébastien Ménard

Des élèves de l'école ­secondaire Europaschule de Borheim, non loin de Bonn. En Allemagne, les jeunes ­doivent étudier au moins jusqu'à 18 ans.

Un des secrets de ­l'Allemagne pour lutter contre le décrochage scolaire réside dans le fait qu'elle oblige tous les élèves à fréquenter l'école jusqu'à l'âge de 18 ans, alors qu'au Québec, un jeune de 16 ans peut abandonner ses études sans être inquiété.

« Ces deux années-là constituent en quelque sorte un filet de sécurité pour qualifier les jeunes qui n'arrivent pas à terminer leurs études secondaires à l'âge de 16 ans », explique Christoph Becker, ­directeur de la polyvalente Europaschule de Bornheim, non loin de Bonn.

« Je pense que cette loi-là nous permet de récupérer des jeunes qui risqueraient de décrocher autrement », dit-il.

Son collègue Manfred Paul, qui dirige l'École secondaire Aretzstraße d'Aix-­la-Chapelle, croit que ces deux années ­supplémentaires sont cruciales.

« À ces âges-là, les jeunes commencent enfin à penser à ce qu'ils veulent faire dans la vie, dit-il. Ils découvrent ce qu'ils aiment. »

De l'espoir pour les jeunes à risque

La loi allemande oblige les jeunes à ­fréquenter le réseau scolaire jusqu'à l'âge de 18 ans.

Même si la plupart des élèves obtiennent leur diplôme à 16 ans, ils doivent être inscrits soit dans une école de métiers, soit à l'université, durant au moins deux années supplémentaires.

Deux tiers des jeunes optent pour une formation technique ou professionnelle, au terme de laquelle ils obtiennent généralement un second diplôme.

Les autres poursuivent des études universitaires.

Durant cette période, les élèves qui n'ont pas réussi à terminer leurs études secondaires à l'âge de 16 ans doivent eux aussi continuer d'étudier, afin d'obtenir au moins un diplôme d'études secondaires.

« Il y a de l'espoir pour eux », dit Claudia Lang, de l'école des métiers de Bonn.

L'an dernier, Mme Lang et son équipe ont accueilli 25 de ces élèves pour tenter de leur faire obtenir un diplôme d'études ­secondaires avant l'âge de 18 ans.

« Il s'agit de jeunes qui ont connu pour la plupart un parcours scolaire difficile et dont les parents ne sont pas très impliqués », dit-elle.

Encadrés par une batterie de travailleurs sociaux, ces élèves consacrent leur temps à des projets spéciaux et sont suivis de façon très serrée par des enseignants spécialisés.

Au bout de deux années de travail, 80 % d'entre eux obtiennent finalement un ­diplôme, se réjouit Claudia Lang.

Bonne chose

Ne serait-ce que pour « ce petit groupe d'élèves », l'obligation d'étudier jusqu'à 18 ans est « une bonne chose », qui contribue à diminuer le taux de décrochage, croit Christoph Becker.

« Il est judicieux pour tous les pays de faire tous les efforts requis pour prévenir le décrochage, dit-il. Même si ça coûte beaucoup d'argent, ça reste moins coûteux que d'avoir des gens sans diplôme, sur l'aide sociale. »

Pourquoi pas au Québec ?

Le Québec devrait commencer à se questionner sur la pertinence de rendre la fréquentation scolaire obligatoire jusqu'à 18 ans comme c'est le cas en Allemagne, estime un expert.

« Il faut se poser la question », reconnaît le professeur Égide Royer, de l'Université Laval.

L'expert en éducation fait valoir que l'Ontario a pris ce virage, en 2006, parce qu'elle considérait que cela pouvait « favoriser l'obtention d'un diplôme du secondaire. »

Égide Royer souligne qu'à l'heure actuelle, beaucoup d'élèves qui quittent l'école sans avoir de diplôme se retrouvent ensuite dans des centres d'éducation des adultes où ils tentent de raccrocher.

Selon le chercheur, 47 % des élèves de ces centres sont âgés de 17 à 19 ans.

« Cela signifie que les gens qui travaillent aux adultes se retrouvent avec un poids très lourd, dit M. Royer. Ils travaillent très fort, mais ils ne reçoivent pas de subvention pour les élèves en difficulté. »

Le spécialiste se demande si la ministre de l'Éducation s'est questionnée sur la possibilité de porter l'âge de la fréquentation scolaire à 18 ans, au Québec, lorsqu'elle a préparé le plan de lutte au décrochage qu'elle a présenté la semaine dernière.

« Et, si elle s'est posé la question, pourquoi a-t-elle décidé de maintenir ça à 16 ans ? », lance-t-il.

sebastien.menard@journalmtl.com

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