DÜSSELDORF | Ce n'est pas pour rien que l'Allemagne a le plus faible taux de décrochage scolaire du monde. Dans certaines villes, les élèves qui cessent d'aller à l'école avant d'avoir un diplôme sont mis à l'amende. Et on songe maintenant à réduire les prestations d'aide sociale des parents qui ne s'assurent pas que leurs enfants étudient jusqu'à 18 ans.
« C'est la seule façon de ramener les jeunes en classe, estime Claudia Lang, de l'École des métiers de Bonn, où 26 jeunes et leurs parents ont été mis à l'amende l'an dernier. On parle, on parle, on parle, mais il ne se passe jamais rien. S'ils ont à payer, ça change tout. »
Cette mesure n'est qu'une des nombreuses stratégies déployées par l'Allemagne pour lutter contre le décrochage scolaire, a constaté Le Journal lors d'une enquête menée dans ce pays d'Europe au cours des dernières semaines.
Alors que ce phénomène soulève l'inquiétude au Québec, où 28 % des jeunes ne parviennent pas à obtenir leur diplôme d'études secondaires en cinq ans, les Allemands, eux, n'en entendent jamais parler.
« Ce n'est pas un problème pour nous », affirme Manfred Paul, directeur de l'école secondaire Aretzstraße, à Aix-la-Chapelle.
Selon le ministère de l'Éducation du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, 94 % des finissants du secondaire ont obtenu un diplôme, l'an dernier.
« Toutefois, nous ne sommes pas heureux avec ce taux de réussite de 94 %, lance Wolfgang Koch, responsable du programme de suivi des élèves au ministère de l'Éducation. Ce que nous visons, c'est 100 %. »
Cercle vicieux
Les autorités du land ont d'ailleurs décidé serrer la vis à ces 6 % de décrocheurs.
Dès l'an prochain, un premier groupe d'élèves à risque devra s'engager par écrit à suivre un programme qui aura été élaboré « particulièrement pour eux », en vue de leur permettre d'obtenir un diplôme.
Beaucoup de ces élèves sont issus de familles qui bénéficient de l'aide sociale,
a-t-on affirmé au Journal.
Si les élèves ne respectent pas ces nouveaux « contrats » et que leurs parents reçoivent de l'aide sociale, leurs prestations seront réduites, préviennent les autorités.
« Nous sommes aux prises avec un cercle vicieux de parents qui ne s'intéressent pas à l'éducation de leurs enfants et qui ne travaillent pas, tout en recevant l'aide de l'État », dit Claudia Hardenacke, du ministère de l'Éducation, à Düsseldorf.
Quant aux amendes imposées aux décrocheurs, elles sont là pour rester. Les élèves de l'école secondaire Bernburger Straße peuvent en recevoir à partir de 14 ans.
« On tente d'abord de parler aux parents, mais s'il le faut, on y va avec des amendes et c'est la cour municipale qui fait le suivi », explique le directeur de l'institution, Klaus-Peter Vogel.
Cet établissement, qui accueille pourtant une clientèle « très difficile », composée essentiellement de jeunes immigrants et d'élèves défavorisés, a vu seulement deux de ses élèves quitter l'école sans diplôme, l'an dernier.