Décrochage scolaire

Les élèves faibles séparés des forts

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Sébastien Ménard

Journal de Montréal, Publié le:

Des élèves 
du lycée 
Carl- Furlott de Wuppertall, au nord de Düseldorf.

Photo Sébastien Ménard

Des élèves du lycée Carl- Furlott de Wuppertall, au nord de Düseldorf.

WUPPERTAL | Oubliez les classes du Québec où l'on intègre des élèves en difficulté avec des jeunes performants. Un des secrets de l'Allemagne pour lutter contre le décrochage scolaire, c'est de séparer les enfants doués de ceux qui ont des besoins particuliers, et ce, dès l'âge de dix ans.

Cette mesure plaît autant aux écoles qui accueillent des élèves doués, qu'à celles qui reçoivent une clientèle plus difficile, a constaté le Journal. Même si elle est controversée, cette pratique pourrait inspirer le Québec, croit un expert.

« On a la conviction qu'on ne peut pas mélanger tous les élèves, parce qu'autrement le taux de réussite ne serait pas le même », dit Karl Schröder, directeur du lycée Carl-Furlott de Wuppertall, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.

Les écoles poquées en premier

Au lieu de traiter tous les établissements sur le même pied d'égalité, l'Allemagne a décidé de privilégier les institutions fréquentées par les élèves les moins performants, les hauptschulen.

Ces écoles, qui accueillent beaucoup de jeunes susceptibles de décrocher, sont de plus petite taille. Elles peuvent compter sur un financement accru, sur une batterie de professionnels et sur davantage d'enseignants.

« C'est une chance, selon nous, d'avoir des petits groupes. On ne pourrait pas lutter efficacement contre le décrochage scolaire si on avait plus d'élèves », dit Manfred Paul, directeur de l'école Aretzstraße d'Aix-la-Chapelle.

À l'opposé, les lycées ou gymnasium fréquentés par les jeunes les plus forts comptent généralement plus d'un millier d'élèves et leurs classes sont de grande taille. Un troisième type d'établissement plus « inclusif », le gesamtschule, commence également à faire son apparition.

Ces trois types d'écoles peuvent mener à l'obtention d'autant de diplômes d'études secondaires différents, qui donnent accès soit à l'université, soit à des études professionnelles ou techniques.

Une mesure critiquée

Même si cette façon de faire est appréciée par beaucoup de profs et de directeurs d'école en Allemagne, elle est néanmoins critiquée par plusieurs experts.

Le problème, estiment-ils, c'est que les élèves sont dirigés vers un de ces trois types d'école « beaucoup trop tôt », c'est-à-dire dès la fin de leur quatrième année.

En fonction de leurs notes, les enfants reçoivent en quelque sorte un laissez-passer leur donnant accès soit à un établissement destiné aux élèves faibles, soit à une institution fréquentée par les plus performants. Certains observateurs estiment que cette pratique nuit à « l'égalité des chances » et favorise la réussite des enfants des milieux les mieux nantis.

« Si on attendait deux années de plus, on serait surpris du progrès que peuvent faire certains élèves », dit Christoph Becker, de l'école Europaschule à Borheim.

Tout n'est pas parfait

Le taux de décrochage exceptionnellement bas que connaît l'Allemagne ne signifie pas que son système d'éducation est parfait. En plus de critiquer le fait que les jeunes sont séparés entre « faibles » et « forts », des observateurs soulignent que les élèves allemands traînent de l'arrière dans le classement international PISA, qui compare le niveau de connaissances en mathématiques, en lecture et en science. Le Québec performe généralement mieux dans ce palmarès, dont la méthodologie est par ailleurs loin de faire l'unanimité. Ironiquement, c'est justement la lutte au décrochage qui expliquerait cette situation, selon Wolfgang Koch, du ministère de l'Éducation de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. « Notre système est conçu de façon à faire réussir le plus grand nombre d'élèves, en nous concentrant sur ceux qui performent moins bien, dit-il. Nous avons négligé les plus doués, mais nous sommes en train de renverser la vapeur. »

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