Les bandes criminelles qui ont pris le contrôle de la contrebande de cigarettes les transigent maintenant dans les écoles secondaires du Québec et de l'Ontario au même titre que les autres drogues.
Et le pourcentage de cigarettes illégales retrouvées en bordure des écoles québécoises augmente d'année en année selon l'Association canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA) qui poursuit sa croisade en demandant au gouvernement d'abaisser les taxes sur le tabac pour contrer le phénomène de la contrebande.
Faisant flèche de tout bois, l'ACDA en arrive à la conclusion que la lutte policière à la contrebande ne donne pas de résultat concret et que le seul moyen de stopper le phénomène qui profite à des criminels logés dans des réserves autochtones est de sabrer dans les taxes.
«À l'heure actuelle, 75 % du prix d'un paquet de cigarettes correspond à des taxes, ce qui est le double que pour l'essence», s'insurge Michel Gadbois, vice-président de l'ACDA.
Entre le 22 avril et le 8 juin derniers, une collecte anonyme de mégots a été effectuée aux abords de 75 écoles secondaires au Québec et de 110 écoles secondaires en Ontario.
Un sur deux illégal
Au Québec, 45 % des 14 064 mégots ramassés lors de l'opération étaient de provenance illicite.
Dans la région de Québec et Lévis, 35 % des 643 mégots ramassés étaient illicites. Cette proportion va de 28 % à l'école Joseph-François-Perreault à 43 % au St Patricks High School. Pour l'ensemble des écoles de la région, l'augmentation des mégots illégaux comparativement à 2008 est de 3 %.
«La contrebande du tabac se fait au profit d'organisations criminelles qui ont fait main basse sur ce lucratif marché de contrebande», avance M. Gadbois, qui estime que ce marché illégal fait perdre 500 M$ annuellement en revenus de taxe pour le gouvernement québécois.
Le gouvernement accusé
Se défendant bien de faire la promotion d'un produit nocif pour la santé, l'ACDA en a contre «l'inaction du gouvernement qui baisse les bras face à un phénomène de concurrence illégale de produits légaux de la part de criminels qui prive des propriétaires de dépanneurs de revenus importants et le gouvernement de revenus de taxe substantiels.»
Pointée du doigt parce qu'elle utilise des données concernant les jeunes pour infléchir le gouvernement alors que la vente des produits du tabac est de toute façon interdite aux moins de 18 ans, l'ACDA renvoie la balle au gouvernement qui, dit-elle, s'est lui-même servi des données sur les jeunes pour justifier les hausses de taxe depuis 2004.
«En 2004, le gouvernement s'est donné pour cible de baisser le tabagisme chez les jeunes. Non seulement les jeunes fument plus que jamais, mais des commerçants légitimes en paient le prix et des criminels s'enrichissent à leurs dépens. Le gouvernement peut-il avoir l'honnêteté d'admettre qu'il s'est trompé et refaire ses devoirs?», claironne Michel Gadbois.
«Quand on sait que la courbe de la contrebande suit celle des augmentations de taxes, il me semble que la voie à suivre est toute indiquée», estime-t-il.