V amorce son histoire sur une note difficile, les recettes publicitaires ayant chuté de 3 M$ et la direction lançant déjà des compressions budgétaires de 4,5 M$, a appris Argent.
Selon une lettre du chef de l'exploitation Julien Rémillard qui circule à l'interne et dont Argent a obtenu copie, les «ressources humaines» écoperont largement. Environ 3,5 M$ d'économies proviendront d'une réorganisation du personnel.
La lettre de M. Rémillard demande aux syndicats de tenir des échanges et discussions afin d'assurer la santé financière de la chaîne. L'échéancier est très clair: une rencontre avec l'employeur le 17 ou 18 novembre et une décision par V Télé du 20 au 24 novembre sur les mesures choisies.
Le travail est déjà bien amorcé. «À ce sujet, écrit-il, vous n'êtes pas sans savoir qu'au cours des dernières semaines, plusieurs postes de cadres et d'employés non syndiqués ont été coupés. De fait, deux tiers des réductions de dépenses recherchées ont été identifiés à ces postes. Cela étant, il reste qu'une certaine réorganisation doit être faite au sein des postes syndiqués.»
Il invite donc le Syndicat des employés de bureau de TQS, le Syndicat des employés de l'ingénierie de TQS et les syndicats hors de Montréal à s'asseoir rapidement afin de discuter.
«Vous êtes sans doute bien avisé, écrit-il, que le monde télévisuel généraliste vit de profonds bouleversements découlant entre autres du ralentissement économique que nous vivons depuis un an. V n'échappe pas à cette réalité.»
«Les nouveaux actionnaires de V, poursuit la lettre, ont injecté un capital considérable dans V en vue de régler son passif et de relancer sa programmation de façon à présenter un produit pouvant être compétitif.»
Le dirigeant cite toutefois une rude concurrence au sein du marché publicitaire et une baisse des revenus de 3 M$ pour expliquer les problèmes. Comme les postes de dépenses pouvant être comprimés sont «extrêmement rares», économies doivent venir du personnel.
«Contrairement à la situation passée où les actionnaires de TQS pouvaient accumuler pertes par-dessus pertes, la situation actuelle de V est fort différente, ajoute la lettre de M. Rémillard. Si l'exercice financier terminé au 31 août 2009 aura occasionné des pertes importantes pour V, la situation financière pour les années 2009-2010 doit être redressée et ramenée à tout le moins au neutre.»
Julien Rémillard et les délégués syndicaux visés par la lettre n'ont pas encore retourné les appels lancés par Argent afin de commenter la situation.
Une fragilité financière... et un message ?
Claude Bédard, associé principal chez HJC Productions, rappelle que les observateurs du milieu se sont posé la question de la solidité financière quand Remstar a acheté TQS et l'a transformée en V.
«On espérait, dit-il, que les Rémillard avaient les poches profondes pour maintenir à flot le réseau de télé avant que les beaux jours ne reviennent au point de vue des profits. Les poches sont moins profondes que l'on s'attendait. On espérait de meilleures rentrées budgétaires et cotes d'écoute.»
Aussi, la transition vers V semble avoir causé des problèmes auprès de l'auditoire, ajoute M. Bédard. «La nature ayant horreur du vide, les autres réseaux ont pris les parts de marché que TQS a perdues et que V n'a pu reprendre.»
Le tout se produit dans un contexte des plus difficiles, rappelle le spécialiste. «C'est le pire recul en 30 ans pour les budgets médias en télé. Les télés conventionnelles connaissent une faible croissance de 1%. Les chaînes spécialisées ont une croissance de 17% par année. Tout ça se conjugue pour une tempête parfaite.»
Enfin, Claude Bédard se demande si les Rémillard tentent de passer un message juste à temps pour demander des redevances pour les télés généralistes devant le CRTC. «Il y a des audiences du CRTC qui commencent à Gatineau. Vous savez qu'il sera question de redevances. C'est un bon moment pour lancer le pavé dans la marre.»