Le gouvernement Charest s'apprête à prendre des décisions importantes pour améliorer le bilan financier du Québec. Des changements s'imposent puisque le déficit budgétaire se chiffrera à près de 5 G$ en 2009-2010, alors que la dette publique atteindra environ 160 G$ le 31 mars prochain.
Un groupe de sept économistes a choisi de se pencher sur le défi que doit relever le gouvernement. Ils présentent cette semaine le résultat de leurs réflexions en proposant 10 idées pour trouver 5 G$.
L'Agence QMI en a profité pour s'entretenir avec l'instigateur du panel, l'économiste Paul Daniel Muller.
Q Pourquoi avez-vous lancé ce regroupement d'économistes ?
R « Pour dire à la population qu'il est possible de vaincre le déficit et de résoudre le problème des finances publiques. Il ne faut surtout pas encore une fois reporter à plus tard les solutions qui s'imposent. »
Q Quelles sont les idées que vous proposez pour résorber le déficit estimé à près de 5 G$ en 2009-2010 ?
R « Il faut travailler à la fois du côté des revenus et des dépenses. Il y a une série de programmes à revoir, à réduire ou à supprimer. En même temps, on peut augmenter certains tarifs. Nous proposons une série de mesures pour augmenter nos revenus, comme la hausse des tarifs d'électricité, le péage sur les routes, la révision des frais de scolarité. On propose aussi une série de dépenses à réduire au niveau des subventions aux entreprises. Il y a aussi certains programmes sociaux que nous estimons désuets, comme les 2 500 $ que la
Régie des rentes verse aux survivants lors d'un décès. Ce programme est né quand plusieurs n'avaient pas d'assurance-vie. Ça coûte 100 M$ par an. »
Q Les exemples précédents ont un impact direct sur l'équilibre budgétaire. Est-ce que le gouvernement pourrait aussi transformer ses façons de faire, s'attaquer aux idées reçues ?
R « On doit revoir la façon de livrer les services si on ne veut pas toujours continuer à payer plus ou à se faire couper des services. Il faut assujettir à la concurrence les producteurs de services publics, comme les hôpitaux et les écoles notamment. Le but est de vérifier si une organisation, une entreprise ou un syndicat est prêt à fournir le service de façon plus efficiente. Souvent, ça force le producteur de service en place à se questionner sur ses méthodes. »
Q Pourquoi est-il important de résoudre maintenant ce problème d'endettement public ?
R « Quand on s'endette, on limite la capacité des générations futures à choisir leurs priorités. Le service de la dette se situe aux environs de 9 G$. Ça veut dire que les impôts des jeunes serviront à payer les choix des plus vieux. En plus, on s'est endetté dans une période où les taux d'intérêt sont extrêmement bas, mais ils vont remonter. »
Q Comment le Québec a-t-il accumulé une dette brute de près de 170 G$ ?
R « Les Québécois ont beaucoup de bonnes idées pour créer des programmes et des services tout en souhaitant des baisses d'impôts. L'échappatoire pour que ça fonctionne, c'est l'endettement ! »
Q Croyez-vous que les Québécois sont ouverts aux changements que vous proposez ?
R « Les Québécois vont être largement d'accord quand ils mettent leur chapeau d'usagers de services ou de contribuables. Ils vont se dire qu'il faut résoudre le problème. Par contre, ils ne seront pas pour lorsqu'ils mettent leur chapeau de particulier. Ils risquent de se dire : ça va me toucher, ça va me faire mal ! On doit les convaincre qu'on va y gagner dans nos intérêts généraux d'usagers de services et de contribuables même si nos intérêts particuliers risquent d'être affectés. »