Malgré l'état lamentable des finances publiques, les cégeps dépensent des dizaines de milliers de dollars pour réunir leurs cadres dans des centres de villégiature enchanteurs, a appris le Journal. Ces formations et « séances de travail » ont même donné l'occasion à certains fonctionnaires de se détendre dans de luxueux bains extérieurs...
Des documents obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information révèlent que 26 des 48 Cégeps du Québec ont senti le besoin de réunir leurs gestionnaires « à l'extérieur » au moins une fois, depuis le début de l'année 2009-2010.
Alors que les contribuables sont confrontés à une multitude de hausses de taxes et de tarifs, ces collèges ont dépensé pas moins de 112 000 $ dans des « lacs-à-l'épaule », formations et réunions de « planification stratégique. »
À lui seul, le Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu a englouti 21 750 $ dans deux formations, depuis le mois d'août dernier.
La plus coûteuse d'entre elles s'est tenue à l'auberge Estrimont, à Orford.
Profitant du « forfait » payé par l'institution pour chaque gestionnaire, au moins trois des 27 participants ont pu bénéficier de « l'expérience thermique » offerte sur place. L'endroit compte notamment de chics bains à remous extérieurs, un sauna finlandais, une douche nordique et une yourte de détente.
La porte-parole du Collège, Nathalie Beaudoin, précise que l'utilisation de ces installations était incluse dans le prix de l'hébergement et que les cadres concernés y ont pataugé « en dehors des heures de travail. »
L'autre formation organisée par ce Cégep s'est tenue au Manoir Rouville Campbell, en Montérégie. Encore une fois, une vingtaine de cadres y ont participé.
Lac Carling et Aquarium
Le Centre de villégiature du Lac Carling, dans les Laurentides, a lui aussi vu défiler de nombreux fonctionnaires du réseau collégial, depuis le début de l'année.
En septembre dernier, 27 gestionnaires du Cégep Ahuntsic y ont séjourné pendant deux jours, à l'occasion de la « session des cadres. » Coût de la facture : 9 900 $, dont 1 200 $ pour rembourser l'essence des fonctionnaires qui y sont allés.
Un mois plus tard, c'était au tour de 29 gestionnaires du Collège Vanier de passer deux jours sur place. Ce « lac-à-l'épaule » a coûté 8 800 $ aux contribuables.
D'autres rencontres de cadres ont été tenues à l'Auberge Godefroy et à l'Aquarium de Québec.
Le Cégep de Thetford a pour sa part dépensé 11 000 $ pour une « réunion de planification stratégique » au Centre de villégiature Jouvence (voir autre texte).
« Inacceptable », dit la ministre
Invités à s'expliquer, les cégeps ont à peu près tous répondu la même chose : la tenue de ces réunions aurait été « impossible » dans les locaux du collège, il s'agissait d'événements « exceptionnels » mais « essentiels », et les cadres qui y ont participé « n'ont pas chômé. »
Certains soutiennent aussi que le ministère de l'Éducation approuve implicitement la tenue de ces formations dans des auberges, puisqu'une subvention leur est parfois octroyée pour les organiser.
Mais la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, ne l'entend pas ainsi. « Les dépenses exagérées du personnel des cégeps, c'est inacceptable », tranche son attachée de presse, Tamara Davis.
Elle reconnaît que des subventions ont été accordées à certains collèges, mais ces sommes ne devaient servir « qu'à payer le coût des formations », insiste-t-elle.
Le Ministère n'a aucun contrôle sur le lieu choisi par les cégeps pour organiser de telles réunions, assure Mme Davis.
« Le récent budget rappelle aux partenaires du réseau de l'éducation qu'ils doivent exercer une certaine prudence dans leurs dépenses », ajoute-t-elle.
Une lettre leur sera d'ailleurs expédiée « très prochainement » en guise de rappel, souligne Tamara Davis.
Avec la collaboration de
Mathieu Turbide et de Serge Laplante,
notre recherchiste à l'Assemblée nationale.