La consommation de Ritalin a grimpé en flèche

Plus alarmant que jamais

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Sébastien Ménard

Journal de Montréal, Publié le:

Les médicaments de la famille du Ritalin connaissent une popularité croissante, ce qui inquiète plusieurs experts.

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Les médicaments de la famille du Ritalin connaissent une popularité croissante, ce qui inquiète plusieurs experts.

Loin de ralentir, la consommation des médicaments de la famille du Ritalin a explosé au Québec, depuis le début de 2010, une situation jugée « plus alarmante que jamais » par certains experts.

En trois mois, de janvier à mars, plus de huit millions de comprimés de ­méthylphénidate ont été vendus dans la province, selon des données obtenues par le Journal auprès de la firme IMS ­Health. Il s'agit d'une hausse de 26 %, ­depuis 2007.

Ces médicaments, dont le plus connu est le Ritalin, servent à traiter le trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH), qui est souvent diagnostiqué chez des élèves agités ou éprouvant des problèmes de concentration à l'école.

Si la tendance se maintient, quelque 32 millions de pilules auront été vendues au Québec d'ici la fin de 2010, ce qui ­éclipsera le « record » de 29 millions, établi l'an dernier.

Le Québec, qui représente moins du quart de la popu­lation canadienne, trône encore au sommet du palmarès des provinces, quant au nombre d'ordonnances distribuées pour de tels médicaments.

Mais pour la première fois depuis que le Journal compile ces données, la province supplante l'Ontario relativement au nombre de pilules qui y sont vendues.

Problématique

Ces nouvelles statistiques inquiètent plusieurs spécialistes.

Le docteur en neurosciences Joël Monzée estime que la situation devient « problématique. »

À son avis, trop d'enfants se font prescrire des médicaments de la famille du Ritalin alors qu'ils ne souffrent pas d'un TDAH.

Joël Monzée croit que « le stress vécu par les parents, mais aussi par les enseignants et les professionnels de la santé » est ­ressenti par bien des enfants, qui réagissent souvent « en bougeant » sans cesse.

« Si l'enfant pouvait décharger son trop-plein d'énergie, ça irait mieux, dit l'expert. Le problème, c'est que dans bien des cours d'école, il est interdit de ­courir. »

« On doit réfléchir au genre de société que l'on veut offrir à nos enfants, insiste M. Monzée. Est-ce qu'on prend le temps d'être avec eux et de les écouter ? » ­demande-t-il.

Le professeur Gérald Boutin, de l'UQAM, juge que ces nouvelles données révèlent « un problème de fond qu'il faut prendre très au sérieux. »

Il reconnaît que la médication peut être utile chez certains élèves, mais il s'agit uniquement « d'une béquille », ­selon lui.

« Est-ce qu'on est sûr que le médicament est toujours la bonne chose ? lance-t-il. Là-dessus, je suis dubitatif. Parfois, le diagnostic est peut-être un peu hâtif. Il y a des choses à faire avant d'en arriver aux médicaments. » M. Boutin souligne notamment que l'on intègre « trop souvent » des élèves éprouvant de grandes difficultés dans les classes dites « régulières. »

Une hausse qui s'explique

La psychiatre Annick Vincent est beaucoup plus nuancée. « C'est correct de se ­poser des questions, [mais] je ne suis pas sûre qu'on prescrit trop de ­médicaments », dit l'auteure de Mon ­Cerveau a besoin de ­lunettes. Si le Québec se démarque des autres provinces, c'est d'abord parce qu'on y offre « une meilleure couverture d'assurance-médicaments », plaide l'experte.

Annick Vincent croit aussi que les ­médecins québécois ont une « meilleure compréhension » du TDAH, depuis quelques années.

« On est meilleur dans notre dépistage », fait-elle valoir.

La docteure Vincent reconnaît que « ce n'est pas tous ceux qui souffrent d'un TDAH qui ont besoin [de médica­tion]. Mais souvent, dès que c'est modéré, les autres trucs ne suffisent pas », dit-elle.

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