Devant le risque réel d'affrontements violents entre souverainistes et fédéralistes, les autorités fédérales abandonnent l'idée d'une reconstitution en bonne et due forme de la bataille des plaines d'Abraham.
Ottawa recule d'un pas, mais ne bat pas en retraite : la Commission des champs de bataille nationaux soulignera tout de même le 250e anniversaire de l'affrontement Wolfe-Montcalm au moyen de diverses activités éducatives dédiées à l'histoire.
André Juneau expliquera, mardi prochain, comment il entend procéder, mais selon nos informations, le président de la CCBN estimait essentiel d'accomplir son «devoir de mémoire» à l'égard de ce moment charnière de l'histoire canadienne.
Par ailleurs, aucune organisation responsable ne tiendrait une telle activité après les propos extrémistes et les menaces entendues ces derniers jours, ont dit au Journal des personnes impliquées dans cette décision.
«Nous ne voulons pas mettre en danger la vie ou seulement l'intégrité physique de figurants ou de spectateurs parmi lesquels il y aurait eu de nombreux enfants», nous a-t-on dit, hier.
Toute simulation de bataille est donc écartée, de même que les activités «festives» risquant d'être mal interprétées.
Il y aura toutefois une commémoration au cimetière voisin de l'Hôpital général où ont été ensevelis des miliciens morts au combat il y a 250 ans.
Controverse tapageuse
Cette initiative d'André Juneau avait soulevé une controverse tapageuse ayant finalement attiré l'attention du premier ministre Stephen Harper.
Selon nos informations, il a fait savoir aux autorités compétentes qu'il ne voulait pas que cet événement amène de l'eau au moulin souverainiste.
Il voulait une solution respectueuse aussi des convictions des fédéralistes.
Depuis quelques jours, les deux camps s'enguirlandaient à qui mieux mieux, par courriels, sur les blogues, dans les pages des journaux et à la radio.
En première ligne, le Réseau résistance du Québec, l'aile radicale des souverainistes, semblait ne plus pouvoir contenir les débordements. Certains jeunes patriotes se promettaient de se rendre à Québec pour refaire la bataille des Plaines avec des fusils à «paint balls», des couteaux et des machettes. D'autres lançaient de véritables «appels au meurtre».
Menaces de mort
Patrick Bourgeois, du RRQ, recevait, de son côté, des menaces quotidiennes. Par courriel, on le traitait d'enfant de chienne, de crotté. On lui promettait la matraque et les gaz lacrymogènes. Hier, on lui a adressé une photo d'un faux soldat portant une mitraillette.
Sur les ondes du FM 93, hier matin, Patrick Bourgeois a signalé avoir reçu «des menaces de mort». Il n'a toutefois pas porté plainte à la police.
«Ce n'est pas à moi à faire la job des policiers», nous a-t-il dit.
Bombardée de courriels, au moins une agence de voyage britannique a retiré de son offre de service touristique une visite des Plaines l'été prochain, de crainte que les choses ne tournent mal pour ses clients londoniens.
Discrètement, les policiers commençaient à s'intéresser à l'affaire. «Les policiers sont là-dessus», nous a dit une source digne de foi au ministère de la Sécurité publique, hier.
La CCBN était aussi en relation avec des corps policiers, vraisemblablement la GRC, nous avait affirmé aussi le directeur de la sécurité de la CCBN, Jean St-Pierre.
«Nous recevons beaucoup de menaces chaque jour. Des gens qui sont contre l'événement. On va savoir ce qui arrive, mardi», nous a-t-il expliqué, hier.
La pagaille risque d'éclater ce jour-là puisque les jeunes souverainistes comptent se rendre à Québec pour assister à la conférence de presse d'André Juneau. «Si on ne nous laisse pas entrer, on va attendre dehors», assure Patrick Bourgeois.