Rtc Niqab et réglementation

Jamais sans mon voile

TAÏEB MOALLA

Publié le: | Mise à jour:

Si plusieurs résidantes de Québec portent le foulard islamique, comme sur notre photo, moins de dix femmes, des réfugiées de Birmanie, portent le niqab.

Photo Stevens Leblanc

Si plusieurs résidantes de Québec portent le foulard islamique, comme sur notre photo, moins de dix femmes, des réfugiées de Birmanie, portent le niqab.

Une jeune Birmane portant le niqab - un voile intégral qui cache tout le visage à l'exception des yeux - a été expulsée d'un bus du Réseau de transport de la Capitale (RTC) parce qu'elle refusait de montrer son visage au chauffeur.

L'affaire vient d'être partiellement révélée dans le mensuel indépendant Les Immigrants de la Capitale. Dans sa livraison de septembre, le journal d'information et d'opinion a annoncé à ses lecteurs qu'une enquête sur ce sujet allait être publiée dans son prochain numéro.

L'incident auquel a été mêlée la Birmane, âgée d'une vingtaine d'années, s'est déroulé à la mi-juillet. Une plainte a été immédiatement acheminée au RTC par l'intermédiaire de Dominique Lachance, directrice du Centre multiethnique de Québec. Cet organisme d'accueil et d'aide à l'intégration agit comme facilitateur auprès des quelque 200 réfugiés birmans, majoritairement musulmans, qui se sont installés à Québec à l'automne 2008 après avoir fui la répression qu'ils subissaient.

« Selon ce qu'on m'a raconté, le chauffeur connaissait la fille en question parce qu'elle emprunte régulièrement son circuit, avance Mme Lachance. Cette fois-ci, il aurait insisté pour voir son visage et s'assurer qu'il correspond bien à la photo qui est sur sa carte. Elle a apparemment refusé. Le chauffeur lui aurait alors demandé de quitter l'autobus. »

Deux proches de la jeune fille − portant également le niqab et présentes avec elle au moment des faits - ont décidé de quitter l'autobus par solidarité avec leur amie. « Elles sont arrivées au bureau tout de suite après, a fait savoir Mme Lachance. Elles se sont dites insultées, ridiculisées, lésées et discriminées. Elles étaient vraiment très offusquées de ce qui s'est passé », relate Dominique Lachance.

Selon les renseignements que le Journal a pu recueillir, le refus de la jeune de montrer son visage n'était pas uniquement motivé par des critères religieux. Une malformation congénitale au visage l'aurait poussée à cacher cette partie de son corps.

Même pas 10

Pratiquement inexistant du paysage de Québec, le niqab a fait son entrée avec l'arrivée des réfugiés birmans. Selon plusieurs sources, il y aurait moins de 10 femmes qui le portent dans la capitale nationale.

Un accommodement « lié à la santé »

Claude Lévesque, porte-parole du RTC, a dit que son organisme « prenait l'affaire très au sérieux ». Durant l'été, une enquête minutieuse a été menée au sein du transporteur public. Elle n'a pu aboutir parce que la plainte était incomplète et qu'elle ne comportait pas le numéro du circuit sur lequel l'incident a eu lieu.

À la suite des appels du Journal, M. Lévesque a signalé, hier, que le RTC envisageait sérieusement la création d'une « photo de dérogation » pour les personnes qui détiennent des cartes privilège, soit les étudiants et les aînés, deux catégories d'usagers qui doivent apposer leurs photos sur leurs documents.

« Ça permettrait à ceux qui font la demande de ne pas avoir de photo sur la carte. Ce serait applicable uniquement pour les cas de malformations ou de grandes brûlures, illustre-t-il. Ce serait un accommodement lié à la santé et non pas à la religion. Il ne toucherait pas les femmes qui mettent le niqab. »

Pour qu'une telle exception puisse voir le jour, l'aval du conseil d'administration du RTC est nécessaire.

taieb.moalla@journaldequebec.com

Liens commandités