Pauvreté

Un brunch de Noël sur fond d'urgence

Marc-André Séguin

Publié le:

De plus en plus de jeunes familles ont recours aux services des organismes caritatifs.

© Photo Karl Tremblay

De plus en plus de jeunes familles ont recours aux services des organismes caritatifs.

Si elle a permis encore une fois d'amasser plus de 20 000 $ pour la 12e édition de son Brunch de Noël, la Fondation Saint-Roch et les organisations participantes rappellent que derrière la prospérité de Québec et du quartier Saint-Roch se cachent des défis de taille pour venir en aide aux personnes démunies qui y habitent.

Ils étaient environ 400 à se réunir, hier, à l'École de cirque de Québec. Bénévoles, intervenants, familles, entrepreneurs et élus sont venus prêter main-forte aux efforts de financement de la Fondation Saint-Roch qui, depuis ses débuts, vient en aide à une douzaine d'organisations caritatives des quartiers centraux de la capitale. Organisations qui, depuis déjà des années, et surtout au lendemain de la crise, ont des besoins de plus en plus criants.

« On aurait besoin de plus, affirme Magali Lavigne, directrice générale de la Fondation Saint-Roch, qui a observé cette année une augmentation de 5 à 7 % des demandes de paniers de nourriture par rapport à l'an dernier. C'est de plus en plus difficile d'aller chercher du financement. » Alors que les personnes ayant recours aux services des organismes caritatifs se diversifient - on constate de plus en plus de jeunes familles dans le milieu - les sources de financement se sont raréfiées, récession oblige. « Ce n'est pas que les entreprises sont mal intentionnées, mais il y a tellement de sollicitation qu'enfin, les budgets ne peuvent pas accommoder tous les organismes », affirme Mme Lavigne.

« Je ne veux absolument pas médire des organisations gigantesques comme Centraide qui réussissent à aller chercher beaucoup de dons, donne en exemple Pierrette Thibault, bénévole depuis les débuts de la Fondation. Mais ici, les gens donnent moins cependant. » Une réalité qui laisse enfin peu de place aux organismes, comme la Fondation Saint-Roch, qui appuient les organismes de quartier qui ne reçoivent pas nécessairement des fonds de Centraide ou de l'UNICEF.

Besoins criants

Et les besoins sont pourtant flagrants, affirme Pascale Pomminville, directrice aux communications et au financement pour le Relais d'espérance, organisme communautaire de Limoilou qui vient en aide à plus de 1000 personnes démunies ou en détresse. Son organisation ayant été sauvée in extremis la semaine dernière par un montant de 20 000 $ apporté par le député de Jean-Lesage, André Drolet, au nom du ministère de la Santé et des Services sociaux, ce dernier connaît bien l'urgence de la situation.

« Sans cet argent, on ne se rendait pas au 1er janvier, affirme-t-elle. Ça ne marche pas. » Avec un financement qui dépend à 53 % des dons des bingos qui ne rentrent plus depuis quatre mois en raison de difficultés financières de ces derniers, Mme Pomminville affirme que l'heure est grave, d'autant plus que les dons se font de plus en plus rares.

Et la baisse de dons entraîne la diminution de la variété des banques alimentaires, poursuit-elle, alors que son organisme n'arrive plus à fournir de viande à ses bénéficiaires. « À la place de donner, les entrepreneurs de nos jours transforment les aliments. Ils font de la sauce à spaghetti plutôt que de donner les légumes et la viande. Il n'y a plus de donations. »

Mme Pomminville remarque, elle aussi, une baisse de la présence corporative à l'événement par rapport à l'an dernier. « Pourtant Ubisoft et cie sont établis à Saint-Roch. Ils n'ont pas acheté de places cette année parce qu'ils disent ne pas avoir de budget. Les compagnies se retirent du communautaire. »

Pour l'instant, les 20 000 $ reçus récemment maintiendront l'organisme d'ici janvier, mais l'avenir demeure incertain pour l'organisation sur laquelle comptent plusieurs individus et familles pour arriver. « C'est dur, et nous ne sommes pas les seuls. Tous les organismes connaissent cette réalité », soupire-t-elle.

marc-andre.seguin@journaldequebec.com

Liens commandités