La méthode de Clotaire Rapaille est sévèrement critiquée par des acteurs du milieu québécois de la publicité et des communications. Loin de calmer le jeu, la conférence de presse qu'a donnée la semaine dernière le consultant embauché pour refaire l'image de marque de la ville de Québec a alimenté la controverse.
« C'était un cirque complet. Ce n'était pas crédible, pas sérieux, c'était insultant! » a commenté la présidente de la firme Bang-Marketing, Stéphanie Kennan, consultée par Le Journal lundi.
Sur son blogue, Mme Kennan a vivement déploré que la Ville de Québec ait attribué l'important contrat de 300 000 $ au spécialiste français sans processus d'appel d'offres. Amenée à préciser sa pensée, elle a soutenu que la conférence de presse de M. Rapaille, gourou de l'image qui promet de découvrir le « code » de Québec, l'avait laissée « en état de choc ».
« Que ce soit un clown ou non, ça m'a insultée qu'il n'y ait pas eu de processus compétitif pour ce contrat. Au Québec, nous n'avons pas eu la chance de faire valoir notre capacité à remplir ce mandat-là », a-t-elle dit.
« Quand on tient compte du montant d'argent en question et qu'on assiste à ce spectacle, c'était malhabile. Il y avait un manque de respect des fonds publics », a ajouté Mme Kennan, qui se défend de tenir des propos acerbes de façon revancharde.
Sur son blogue, elle a écrit que c'est une « mentalité de colonisé » qui explique la décision de la Ville de s'en remettre à un spécialiste étranger.
« Je ne veux pas passer pour une frustrée, mais au Québec, nous sommes très créatifs. Nous avons plein de talent et ça n'a même pas été pris en considération », a-t-elle expliqué.
Méthode troublante
Le professeur de relations publiques de l'Université Laval Bernard Dagenais a aussi formulé des doutes sur la démarche du psychanalyste français. Selon lui, il y a quelque chose de « fatiguant » dans la volonté de M. Rapaille de définir « ce qui va attirer le monde de demain » à partir de témoignages de citoyens triés sur le volet.
« Quand on pense que les gens de Québec ont appuyé Jeff Fillion et André Arthur, est-ce que c'est vraiment ce qu'on veut présenter à l'étranger? » demande-t-il.
Il qualifie aussi de « troublante » l'intention du faiseur d'images de questionner exclusivement des personnes qui sont nées et qui ont grandi à Québec, alors que plusieurs résidents de la ville sont originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean ou du Bas-Saint-Laurent par exemple.
« Plus les gens sont ancrés dans leur milieu, plus ils sont réfractaires au changement », a-t-il ajouté, précisant toutefois qu'il n'avait pas d'objection que la Ville confie ce mandat de repositionnement à « un œil extérieur ».
Impact médiatique
Chose certaine, le passage de Clotaire Rapaille a retenu beaucoup d'attention la semaine dernière.
Selon les données d'Influence Communication, la nouvelle de sa venue s'est retrouvée au 11e rang de celles ayant occupé le plus d'espace médiatique parmi un total de 47 000 articles.