«La planète appartient à tous»

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Mathieu Turbide

Journal de Montréal, Publié le:

Interpellés par le nombre croissant de propriétaires qui bloquent l'accès aux rivages, certains nouveaux résidants des Îles-de-la-Madeleine ont choisi de faire exactement le contraire en ouvrant leurs propriétés à tous.

C'est le cas de Charlotte Michaud, agente immobilière d'Outremont, qui s'est installée, il y a deux ans, sur l'un des plus beaux endroits des Îles-de-la-Madeleine : la Belle Anse, à Fatima.

Sur le terrain qu'elle a acheté, perché sur des falaises de grès rouge, passe un sentier utilisé depuis des décennies. Au lieu de le barricader, Mme Michaud, a plutôt choisi d'indiquer clairement que tous y sont bienvenus en installant une pancarte avec le message suivant : « Bienvenue, la planète est à nous tous. Danger. Érosion. »

« J'avais entendu parler de ça comme quoi il y avait des touristes et des villégiateurs qui mettaient des interdictions par-ci, des interdictions par là. Moi, je me suis dit : coudonc, ç'a n'a pas de bon sens, il y a tellement d'espace. Alors, j'ai fait mettre ce panneau », raconte Mme Michaud. Touché par cette attention, Léonce Arseneau, instigateur d'un mouvement pour la protection des accès aux rivages des Îles, est allé remettre à Mme Michaud une bouteille de Châlin, une liqueur de type porto qu'il produit avec des petits fruits sauvages.

« Je suis estomaqué. Cette femme-là est une sainte. Elle a compris l'esprit des îles, l'esprit de partage qui nous anime ici », a-t-il dit.

Sans aller jusqu'à afficher l'accessibilité de leur propriété, d'autres propriétaires madelinots acceptent que les marcheurs passent par leurs terrains.

C'est le cas de Petr Hanel, un médecin qui pratique aux Îles depuis une dizaine d'années et qui possède un terrain à l'entrée des Buttes Pelées de Havre-aux-Maisons.

Choc des mentalités

« Des gens sont venus nous voir pour nous demander s'ils pouvaient passer. On a dit oui. Mais tout est une question d'équilibre et de respect pour les propriétaires, mais aussi pour l'habitat naturel et pour les coutumes. Je ne commencerai pas à mettre des grosses pancartes pour indiquer que c'est une propriété privée », souligne le Dr Hanel, qui comprend bien les frictions qui peuvent surgir entre les habitants des îles et les nouveaux venus.

« Je pense que c'est une question de choc des mentalités. Pour des gens qui ont toujours vécu aux Îles, qui ont grandi à des endroits en profitant des collines, des plages, c'est troublant de voir que des gens de l'extérieur s'approprient une partie de ce territoire qui leur semblait ouvert et qui devient soudainement fermé. Tout le concept de propriété privée est différent ici. On n'imagine pas en ville quelqu'un passer sur le terrain clôturé et bordé de cèdres. Mais ici, pour plusieurs raisons, c'est différent. »

De fait, un peu partout dans les champs privés des Îles, on peut apercevoir des randonneurs ou des cueilleurs de petits fruits.

« Moi, je n'ai jamais eu de problèmes ici. Je viens cueillir sur plusieurs terrains, mais je n'irais jamais cueillir des fraises sous le nez d'un propriétaire, à côté de sa maison. C'est une question de respect », explique Guy Arseneau, un mécanicien de bateaux à la retraite rencontré en train de cueillir des fraises sur le flanc de l'une des Buttes Pelées, tout près d'un terrain à vendre.

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