La Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale a manqué à son devoir en refusant d'investiguer de façon appropriée sur l'augmentation des cas de cancer à Shannon, selon un témoin expert au procès sur l'eau contaminée de Shannon.
« C'est le devoir de la Direction de la santé publique d'investiguer et de connaître la nature des problèmes de santé », a affirmé hier le Dr Claude Tremblay, épidémiologiste et toxicologue qui était appelé par les requérants à témoigner au procès en recours collectif sur l'eau contaminée au trichloroéthylène (TCE) à Shannon.
Le Dr Tremblay était ainsi invité à commenter les avis scientifiques émis par l'Institut national de santé publique (INSP) ainsi que la décision de la Direction de santé publique (DSP) de la Capitale-Nationale de ne pas procéder à une étude épidémiologique sur la fréquence des cas de cancer à Shannon. La DSP a déjà expliqué qu'il est scientifiquement impossible de réaliser une telle étude à Shannon, l'échantillon de population étant trop petit.
Contradiction
« Quand on est officier de la santé publique, notre devoir est de comprendre l'effet de l'exposition aux substances cancérigènes », a continué le Dr Tremblay, qui fut coordonnateur en santé environnementale à la Direction de la santé publique de Montérégie. « J'ai une image d'une épidémie de cancers. On doit mettre en place une investigation », a-t-il dit.
Le Dr Tremblay réfute l'argument invoqué par la DSP quant à la petitesse de « l'agrégat » de Shannon. « Ça exitste, des études sur de petits agrégats », a-t-il affirmé. Une petite ville ou une école peuvent se prêter à une étude épidémiologique, a affirmé le Dr Tremblay, avant de livrer les résultats de son étude sur la « possibilité d'un excès de cancers » à Shannon, livrée en mars 2010.
Excès de cancers
L'étude consistait à comparer la proportion de cancers chez les citoyens de Shannon avec la population du Québec. Le Dr Tremblay conclut qu'il existe à Shannon, « manifestement un excès de cancers de l'estomac chez les hommes et les femmes, un excès de cancers du cerveau et de mélanomes chez les hommes [...] Chez les femmes, il y a également un risque important pour le cerveau et les reins. » L'hypothèse que ces « excès » de cancers soient causés par l'exposition au TCE et ses dérivés « s'avère des plus plausibles », conclut le Dr Tremblay.
Les défendeurs ont présenté plusieurs objections, hier, quand le Dr Tremblay faisait état de la présence d'autres contaminants que le TCE (biphényles polychlorés, pesticides, produits pétroliers) dans la nappe phréatique.
Le juge Bernard Godbout a partiellement acquiescé aux objections, rappelant que le procès portait sur la seule présence de TCE dans la nappe phréatique.
Le procès se poursuit aujourd'hui avec le témoignage du Dr Jack Siemiatycki, qui sera appelé par les défendeurs à livrer une contre-expertise à celle du Dr Tremblay.