Mieux vaut avoir une approche directe face à une personne qu'on soupçonne d'avoir des idées suicidaires.
« Avoir un projet suicidaire, c'est très lourd à porter. Il ne faut pas hésiter à poser la question : est-que tu penses à t'enlever la vie? Souvent, ça va contribuer à faire baisser la tension. Il ne faut pas oublier qu'on peut faire changer quelqu'un d'idée », a expliqué Mme Josiane Babin, intervenante au CLSC de Lévis.
Les hommes ont une manière différente d'exprimer leur détresse, selon elle. Un changement soudain de comportements (colère, suractivité, abus de consommation et autres) est un indice que quelque chose ne va pas.
« Les femmes ont une approche plus préventive lorsqu'il est question de prendre soin de leur santé. Si elles ont mal à la gorge, elle vont aller à la pharmacie chercher du sirop et des pastilles. Les hommes vont attendre de ne plus être capables de parler avant d'admettre qu'ils sont peut-être malades. »
Ne pas mourir
Contrairement aux idées répandues, la personne suicidaire ne veut pas mourir.
« Elle veut mettre fin à ses souffrances. L'ambivalence est présente tout le temps. Même jusqu'à la toute fin. C'est possible d'inverser la tendance. Il y a une chose commune à tous les gestes suicidaires, c'est la souffrance. Le suicide, ce n'est pas un choix, c'est un manque de choix. La perception de la réalité est altérée par la souffrance. La personne ne voit plus que ça. En ouvrant le dialogue, on ouvre la possibilité à d'autres choix », a poursuivi Mme Babin.
Le suicide est loin d'être la fin de la souffrance, ajoute-t-elle. Elle va même plus loin.
« C'est la multiplication des souffrances par le transfert à ceux qui restent. Pour chaque personne qui se suicide, on estime qu'au moins dix personnes sont directement touchées. »
Élément déclencheur
« Dans les grandes déceptions de la vie, on a toujours un deuxième choix, mais le suicide, c'est permanent. »
L'intervenante affirme qu'un suicide survient rarement en terrain vierge. L'accumulation d'événements peut pousser quelqu'un à commettre l'irréparable. Rarement, quelqu'un agira par méchanceté ou par vengeance.
« Tout ça repose sur bien d'autres affaires », dit-elle.
Une séparation, une perte d'emploi, un départ précipité à la retraite sont autant d'exemples qui peuvent constituer un élément déclencheur. D'ailleurs, pendant longtemps, les campagnes de sensibilisation ont mis l'accent sur les jeunes. Cependant, on remarque que les baby-boomers forment le deuxième groupe d'âge ayant le taux de suicide le plus élevé au Québec.
En 2007, on dénombrait 309 suicides chez les 50 à 60 ans, sur un total de 1 091 pour l'ensemble des groupes.
C'est pour cette raison que l'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic a mis en place un projet-pilote consistant à former des sentinelles pour guider les personnes vivant des difficultés vers les services appropriés.