La musicienne avoue que sa décision ne s'est pas prise du jour au lendemain. « Ce n'est pas quelque chose que tu mets à on, dit Michelle Lambert. Tout ça se fait de manière progressive. Tu commences à porter du linge de fille, à te travestir... », ajoute-t-elle.
Il y a deux ans, Michelle a entrepris une hormonothérapie et a subi plusieurs opérations en plus de travailler son timbre de voix. Elle avoue qu'elle s'est sentie davantage transsexuelle le jour où elle a eu assez de seins pour ne plus mettre de prothèse dans son soutien-gorge. Pas question, toutefois, de subir l'ablation du pénis. « Je ne me rendrai pas là. Je suis une marginale dans la transsexualité. La plupart des hommes dans mon cas veulent devenir des femmes. Moi, ce n'est pas ça. Moi, je vis avec l'aspect physique des deux sexes », dit celle qui se qualifie de bisexuelle.
La décision
La grande décision de vivre définitivement en femme est venue il y a six ans. « Je me suis séparée de la mère de mes filles pour cette raison. Elle avait de la difficulté à accepter la situation. » Aujourd'hui, par contre, Michelle Lambert avoue que celle pour qui elle a le plus de reconnaissance dans son cheminement est la mère de ses enfants. « Nous avons une belle relation de couple. Nous fêtons encore ensemble les fêtes de nos filles. » Quant à ses enfants, elles acceptent très bien la situation. « Elles sont habituées. Ça s'est fait tranquillement. Pour eux, je suis leur père et je ne serai pas leur mère. »
Pour Michelle Lambert, il n'est pas difficile de vivre en transsexuelle à Saint-Georges de Beauce, une municipalité de 30 000 résidants. « Moi, j'ai un entourage merveilleux, cool, authentique. Je pense que vivre ma situation dans l'isolement d'une grande ville serait plus difficile. »
Évoluant aujourd'hui dans une boîte de marketing, Michelle Lambert avoue que l'adaptation au travail s'est faite doucement. « Au début, mes patrons m'ont demandé de m'habiller en homme au travail. Toutefois, je n'y arrivais pas. Il fallait que je m'affirme. Nous avons mis les choses au clair et, maintenant, je vais au travail habillée en femme. Je suis sereine et je m'assume là-dedans. »
Noir Silence
Pour les membres de Noir Silence, ce choix d'identité très personnel appartient à leur comparse de toujours et rien n'altère les relations entre les membres de la formation. « Michel ou Michelle, pour nous, c'est le même talent pour la composition, les arrangements, les textes », affirment à l'unisson Jean-François Bernatchez, Samuel Busque, Jean-François Dubé et Martin Roby.
« La voix a changé, certes, mais ses talents s'expriment de la même façon, que ce soit en musique, en arts graphiques (on lui doit les pochettes d'album et le site Web de Noir Silence) ou en informatique, concluent les membres du groupe. Noir Silence tournera au Québec l'été prochain. Seule différence dans la formation : il y a désormais une fille aux claviers.
Dimanche, au Black Horse, à Saint-Georges de Beauce, à 15 h, Michelle Lambert sera de la formation qui accompagnera la chanteuse Johanne Aubé. Cette dernière lance son premier disque, Se taire un peu plus fort. Lambert a réalisé et arrangé l'album de la jeune chanteuse à son studio ML, à Saint-Georges.