L'École des femmes

Savoureuse comédie!

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Denise Martel @

Journal de Québec, Publié le:

Obsédé par la peur d'être cocu et de perdre la face, Arnolphe préfère de loin une épouse laide et sotte à une belle femme ayant beaucoup d'esprit. Grâce au ciel et, surtout, à Molière, il évitera le pire dans L'école des femmes, une comédie savoureuse.

Présentée au Théâtre de la Bordée jusqu'au 1er mai, L'école des femmes nous entraîne dans l'univers et, surtout, l'esprit très étroit d'Arnolphe qui, à près de 50 ans, vient de décider de prendre épouse. Totalement obsédé par l'adultère et les manigances de la gent féminine, il n'a cependant pas voulu courir de risque et a choisi une dulcinée d'un très jeune âge.

Agnès n'avait que quatre ans quand Arnolphe l'a confiée à des femmes en recommandant fortement qu'elle ne soit ni éduquée ni en contact avec l'extérieur. Maintenant à 17 ans, à défaut d'être cultivée, Agnès est devenue une belle jeune fille, mais elle vit toujours à l'abri des regards indiscrets, sous la garde d'un couple pas plus futé qu'il ne faut, embauché par Arnolphe.

Aussi, quelle n'est pas la surprise de ce dernier quand il croise Horace, fils d'un vieil ami, qui est tout heureux de lui confier qu'il est amoureux... d'Agnès! On ne vous en dit pas plus, il suffit de savoir qu'Arnolphe est interprété par Jacques Leblanc, qui donne vraiment l'impression de s'être payé la traite en programmant L'école des femmes en tant que directeur artistique de la Bordée.

Personnages expressifs

Leblanc compose un personnage haut en couleur qui ne ménage ni les expressions ni les répliques. Il a une quantité si impressionnante de texte à dire (quelle mémoire!), en alexandrins s'il vous plaît, qu'on se demande presque quand il trouve le temps de respirer. Le comédien, qui suscite des exclamations dans la salle, semble s'amuser follement dans la peau de cet homme si conservateur et rétrograde.

À ses côtés, Laurie-Ève Gagnon, qui interprète la jeune Agnès, est elle aussi des plus expressives. Bertrand Alain et Sylvie Cantin jouent la candeur totale dans les habits d'Alain et Georgette, les gardiens un peu demeurés d'Agnès. Olivier Normand donne aussi beaucoup de souffle à Horace, qui a tellement confiance en Arnolphe qu'il ne soupçonne jamais que c'est lui, le vieillard qui veut épouser celle qu'il aime. Vincent Champoux fait aussi bonne figure dans les habits de Chrysalde, l'ami un peu cinglant d'Arnolphe.

Version inusitée

Vive et rythmée, la mise en scène de Jean-Philippe Joubert (Il y aura) a ceci d'original qu'elle transpose la pièce de Molière en milieu musulman! Le propos passe drôlement bien, et Molière lui-même ne se sentirait pas trahi par cette version quelque peu inusitée. Si le texte très dense demande quelques minutes d'adaptation, la beauté des répliques, l'ironie du contexte et la prouesse des acteurs réjouissent les spectateurs.

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