Comme une fleur dans les cailloux

La robe de Gulnara

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Denise Martel @

Journal de Québec, Publié le:

Comme si elle courait après son malheur, Mika (Marilyn Perreault) ne peut résister à la tentation d'essayer la robe de Gulnara sous les yeux de Mubaris (Sébastien René).

© photo renÉ baillargeon

Comme si elle courait après son malheur, Mika (Marilyn Perreault) ne peut résister à la tentation d'essayer la robe de Gulnara sous les yeux de Mubaris (Sébastien René).

Tout est relatif, répète-t-on souvent. Un petit malheur pour les uns devient une catastrophe pour les autres. C'est le cas deux fois plutôt qu'une dans La robe de Gulnara, une pièce séduisante, bouleversante.

Présentée au théâtre de La Bordée jusqu'au 27 mars, La robe de Gulnara nous transporte à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, là où quelque 10 000 réfugiés se sont installés tant bien que mal dans des wagons désaffectés, après avoir tout perdu dans le conflit opposant leurs pays.

Telle une fleur dans les cailloux, Mika (Marilyn Perreault), une jeune fille de 13 ans, apparaît comme un rayon de soleil. Douée pour la vie, elle se réjouit quand sa sœur Gulnara (Annie Ranger) lui annonce qu'elle va enfin épouser Arif (Jean-René Moisan), supposé avoir trouvé du travail dans la ville voisine. Sur le point de réaliser son rêve, Gulnara décide de prendre toutes ses économies pour s'acheter une vraie robe de mariée.

Curieuse, Mika profite de l'absence de sa sœur pour enfiler la robe pendant qu'elle joue avec Mubaris (Sébastien René). À son plus grand malheur, elle tache la robe. Une tache pratiquement impossible à faire disparaître. Devant la colère et le désespoir de Gulnara, Mika lui promet de réparer sa gaffe, mais comment faire quand on a moins que rien?

L'histoire nous est racontée par Balaja (Sasha Samar), le fils de Mika, 30 ans après les événements. Sous la plume d'Isabelle Hubert, auteure et enseignante de Québec, La robe de Gulnara a la beauté poétique des mots et la puissance évocatrice des images. Le texte est simple, mais combien éloquent et significatif. La mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette, également comédien et enseignant à l'Université Laval, est brillante. Avec un décor minimaliste et quelques objets tout simples, il réussit, en 75 minutes, à évoquer des situations tantôt réjouissantes, tantôt dramatiques. Plusieurs comédiens interprètent deux rôles, comme c'est le cas pour Jack Robitaille.

La direction d'acteurs est magnifique, à commencer par Marilyn Perreault, qui fait une Mika pétillante et touchante, et le jeune Sébastien René, qui joue avec un naturel époustouflant. Une simple casquette et il devient tout autre. Les costumes, la démarche, la tonalité des voix, sans oublier la musique composée par Andrée Bilodeau et Patrick Ouellet, complètent le tableau à merveille.

Coproduite avec la Compagnie dramatique du Québec et le Théâtre I.N.K., La robe de Gulnara ne manque pas de rappeler les 1 001 misères de tous ces réfugiés, peu importe la nationalité et le lieu, réduits à vivre dans la pauvreté et la misère à cause de la soif de pouvoir de politiciens.

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