La télé, miroir déformant

Les téléséries influencent les femmes

Agence QMI

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Les téléséries influencent les femmes

© Courtoisie

Le petit écran reflète aux femmes une image de perfection physique impossible à atteindre.

Johanne s'intéresse à la mode et a toujours été soucieuse de son apparence. Elle teint ses cheveux en blond, et, lorsqu'elle a atteint la quarantaine, s'est laissée tenter par les injections de Botox. Elle a déjà envisagé se faire poser des implants mammaires, et, bien qu'elle ne soit jamais passée à l'acte, se souvient avec précision ce qui l'avait poussée à vouloir de gros seins: « Alerte à Malibu! », dit-elle en riant, se rappelant la série californienne dans laquelle Pamela Anderson et ses acolytes sauveteurs, tous aussi bronzés et en forme, courraient au ralenti sur la plage avec leurs maillots rouges.

Un crime de vieillir

« J'ai failli avoir des implants à cause de cette émission, réalise-t-elle. Je suis contente de ne pas l'avoir fait puisque j'ai eu des rallonges et je les ai arrachées, j'ai eu de faux ongles et je les ai enlevés, j'ai eu du Botox et je n'ai pas aimé ça. À 40 ans, on subit beaucoup de pression pour avoir l'air jeune, déplore-t-elle. C'est presqu'un crime de vieillir. Jennifer Aniston a le même âge que moi, mais. c'est Jen Aniston. »

Cinq ans après Alerte à Malibu (qui s'est terminée en 1990), justement, on voyait la belle Jennifer et toute une distribution de personnages jeunes et beaux percer l'écran dans Friends. Rapidement, les femmes se sont lancées dans les salons de coiffure en réclamant « la tête de Rachel », une coupe mi longueur dégradée requérant une tonne de produits. « Même si je n'avais jamais vu la série, au milieu des années 90, une coiffeuse un peu zélée a estimé que mes cheveux méritaient la coupe ondulée à la Rachel, raconte Johanne.

En rentrant à la maison, je me suis mise à pleurer. C'était le genre de coupe qui nécessite énormément d'entretien si on ne veut pas avoir l'air d'un joueur de hockey avec une coupe Longueuil: séchage, laque, fer à friser. »

Phénomème à l'étude

Quand une nouvelle série a du succès, elle devient aussi un véhicule de tendances. C'est pourquoi un professeur de l'Université Ryerson a choisi Friends comme toile de fond d'une recherche sur les effets qu'ont les séries sur la gent féminine. L'étude, intitulée « L'influence des émissions de télévision sur la satisfaction de l'apparence » et menée par le docteur Stephen Want, un assistant- professeur au département de psychologie de Ryerson, a mesuré comment l'exposition à une série présentant des femmes aux silhouettes fines affecte l'opinion que des étudiantes ont de leur apparence.

Selon le docteur Want, les spectatrices « ont tendance à se comparer rapidement » aux images projetées par les séries télévisées, un secteur médiatique qui a été peu étudié, contrairement à l'univers des magazines de mode et de la publicité. Les découvertes de l'étude ne sont pas des plus surprenantes.

À regarder les maigrichonnes vedettes de The Hills, de Gossip Girl, ou de Beverley Hills, il serait difficile de croire que les personnages au style parfait et au corps de rêve n'ont aucune influence sur les jeunes femmes.

Pour les besoins de l'étude, les chercheurs ont recruté 76 femmes de niveau baccalauréat et les ont séparées en quatre groupes. On a appris à certaines participantes les trucs utilisés par l'industrie du divertissement pour faire paraître les stars encore plus belles à la caméra. Un autre groupe a reçu de l'information sur la surreprésentation de personnages minces à la télévision et sur les dangers liés à un index de masse corporelle trop bas. Le but de cette documentation, explique le docteur Want, était de démontrer que l'image projetée par les stars du petit écran est à la fois irréaliste et inatteignable.

Les résultats

Les spectatrices à qui on n'avait confié aucune littérature avant de les exposer à des extraits d'émission se sont trouvées plus moches après visionnement, alors que les filles armées d'information sur l'industrie s'en sont mieux tirées quant à leur vision d'elles-mêmes.

Maintenant que Friends et les autres séries aux poulettes squelettiques qui ont suivi sont là pour rester, peut-être qu'on devrait simplement mieux s'informer afin de voir ces beautés du petit écran sous un angle plus réaliste. Après tout, avant de nous lancer sur le dernier régime, d'adhérer à la nouvelle tendance vestimentaire ou de dépenser une fortune en styliste, on est en droit de se demander, avec de tels «amis», qui a besoin d'ennemis?

Que disent les chiffres?

92 %

des jeunes femmes dans le monde disent vouloir changer certains aspects de leur apparence

55 %

des Canadiennes sont les plus susceptibles dans le monde de dire qu'elles aimeraient changer de poids et citent aussi le plus souvent le régime comme rituel de beauté auquel elles participent.

51 %

des femmes disent qu'elles auraient aimé que leur mère leur parle plus de la beauté et de l'image corporelle durant leur enfance.

2%

des femmes se disent belles.

90 %

des adolescents de 15 à 17 ans croient qu'il est important de discuter d'apparence saine avec les jeunes filles.

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