Chronique

Des chiffres qui dérangent

CA_AlbertLadouceur

Albert Ladouceur @

Journal de Québec, Publié le:

Le Québec mis en échec, le bouquin de Robert « Bob » Sirois traitant de la discrimination envers les joueurs francophones dans la Ligue nationale, dérange au Canada anglais. On conteste ses chiffres, on le contredit avec d'autres statistiques.

Il a touché une corde sensible pour susciter ces réactions. L'auteur a déniché un long article sur le site Web de la Fédération internationale de hockey sur glace qui rabroue sa compilation. Il a été rédigé par l'auteur canadien Andrew Podnieks, auteur d'une cinquantaine de livres sur le hockey dont certains ont été traduits en français et en suédois.

Podnieks accuse Sirois de manipuler des statistiques favorisant son argumentation. « Il savait où il voulait aller en amorçant l'écriture et il a atteint son objectif », accuse-t-il. Dans sa réplique, Podnieks ne compare pas la place faite aux joueurs québécois par rapport au reste du pays dans la LNH, mais celle occupée en comparaison aux patineurs ontariens, manitobains, albertains, etc.

« Effectivement, si on réalise cet exercice, le pourcentage des Québécois ressemble à celui de l'Ontario et des provinces de la même densité de population, expliquait Sirois, de passage à Québec, hier. Cette commande de Hockey Canada, publiée toutefois sur le site de la FIHG, laisse entendre que cela s'équilibre. J'ai peut-être commis l'erreur de ne pas insérer ce tableau dans mon bouquin. »

Sirois répliquera, demain, aux prétentions de Podnieks qui ne le ménage pas. Le National Post, le Washington Post et le New York Times s'intéresseront à son argumentation, du moins le prétend-il, parce que cette fois-ci, il démontrera que les Américains sont également défavorisés par rapport aux anglophones du Canada. La situation est pire pour eux que pour les Québécois même si 24 des 30 équipes de la ligue résident aux États-Unis.

« La LNH accueille les joueurs de partout dans le monde, peu importe la nationalité. Je le reconnais. Toutefois, à talent égal, les organisations préfèrentun anglophone du Canada à un Québécois ou un Américain. Les athlètes exceptionnels auront toujours leur place. Les autres écopent. Les médias chez nos voisins réagiront probablement autrement en prenant connaissance de ce tableau. »

Podnieks utilise le mot « raciste » dans sa diatribe contre Sirois. « Je n'emploie pas ce mot. Je parle plutôt de discrimination. Et la loi américaine se montre très pointilleuse lorsqu'elle pénalise les citoyens du pays. »

Selon les chiffres publiés dans le guide des médias de la LNH, des 9 336 joueurs sélectionnés depuis 1969, 1841 provenaient du système américain, soit 19,8 %. Certains peuvent toutefois être des Canadiens ayant étudié aux États-Unis.

Le départ des Nordiques

Sirois regrette le départ des Nordiques et souhaite le retour d'une équipe dans la capitale car, selon son analyse, la présence d'une équipe à Québec aidait grandement la cause.

« Trois ans après leur départ, la chute des Québécois sélectionnés a débuté et elle se poursuit. Les Nordiques forçaient le Canadien à se montrer éveillé au talent des joueurs de chez nous, créant une bagarre. Les deux organisations ne s'intéressaient pas qu'aux vedettes, mais également aux candidats susceptibles de composer les 2e, 3e et 4e trios. Le Canadien en réclame beaucoup moins depuis qu'il ne ressent plus cette pression de l'ennemi à l'autre bout de la 20. »

Sirois vilipende l'attitude des dirigeants des Fleurdelisés après le déménagement au Colorado. « C'est tellement une question de culture. Entre 1979 et 1994, les Nordiques ont réclamé 38 Québécois en 16 repêchages, une moyenne de 2,38 par année. Les Nordicks du Colorado n'en ont choisi que 8 en 15 repêchages, une baisse de presque deux joueurs par année. C'est 30 joueurs de moins que pendant la période où ils jouaient à Québec. »

Une part du blâme

S'il est possible de blâmer les dépisteurs et dirigeants des équipes du circuit Bettman, Sirois soutient qu'il faut également regarder dans notre cour pour les « autres faits » qui causent cette situation.

Il pointe le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, qui, en quelques occasions selon ses dires, a louangé les joueurs de l'Ontario et de l'Ouest au détriment des patineurs de sa ligue. « Il a vanté la passion des athlètes anglophones en ajoutant que les Québécois n'en démontraient pas autant. » Sirois affirme qu'il peut prouver ce qu'il avance.

Il n'aime pas entendre Richard Martel, entraîneur des Saguenéens, s'exclamer devant le talent d'un Européen en le disant nettement supérieur à des joueurs du Québec. « Seuls les exceptionnels de l'Europe viennent dans la LHJMQ. Imaginez Mario Lemieux, à 17 ans, dans une équipe européenne. »

Sirois n'a pas fini de causer des vagues.

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