1759

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Donald Charette

Journal de Québec, Publié le:

Doit-on commémorer le 250e anniversaire de la bataille des Plaines d'Abraham l'été prochain? Oui, bien sûr, en se tenant le plus loin possible de la récupération politique qui pourrait ternir un événement historique qui a façonné le continent américain.

1759, année de la Conquête, sonne déjà comme un coup de canon et il ne manque pas de boutefeux pour allumer la mèche. Au départ, il y a eu malentendu sur le besoin de « fêter » ou « célébrer » une bataille qui annonce le déclin de la France en Amérique et la confirmation de l'hégémonie britannique. Quelques tirs de Josée Verner et d'Agnès Maltais et voilà que les hostilités étaient déclenchées.

Certains croient qu'il serait ridicule de rappeler des événements douloureux qui ont fait des Québécois (ou des Canadiens) un peuple conquis. Il serait aussi absurde d'occulter ce pan de notre histoire parce qu'il marque la victoire anglaise.

Des reconstitutionnalistes férus de stratégie militaire projettent de refaire l'affrontement du 13 septembre 1759 sur les Plaines et ce serait sans doute un spectacle grandiose. Pourquoi ne pas les laisser jouer au soldat et sortir leurs mousquets si ça leur chante?

L'appétit historique

La Ville de Québec qui se cherche une façon de prolonger le 400e aurait une occasion de miser à nouveau sur son site unique (le Gibraltar d'Amérique, disait-on) et son histoire inscrite dans tous ses replis.

Surtout quelle belle occasion de raconter les événements de 1759 et de 1760. Tout au long de 2008, on a constaté chez les Québécois un appétit pour l'histoire et les livres historiques sont devenus des best-sellers.

Les éditions de l'Homme ont lancé tout récemment La vérité sur la bataille des plaines d'Abraham, écrit par D. Peter MacLeod, 400 pages où l'auteur situe l'importance de cette bataille. Si la bataille elle-même a duré huit minutes à peine, MacLeod rappelle les mois qui ont précédé : le siège de Québec et ceux qui ont suivi, car le sort de la Nouvelle-France ne s'est pas scellé ce jour fatidique de septembre.

On y voit une ville qui forçait l'admiration des Européens, bombardée durant tout l'été par les canons anglais, une population aux abois qui attendait des secours de la France, des centaines de fermes sur les deux rives du Saint-Laurent jusque dans le Bas-Saint-Laurent, brûlées et pillées pour affaiblir la résistance de Québec, la mainmise progressive des Britanniques sur le Saint-Laurent, donc sur l'Amérique.

On y décèle une distance entres les Canadiens, nés ici, et les Français comme le marquis de Montcalm venus guerroyer dans les colonies. Quant à la bataille elle-même, elle est disséquée telle une partie d'échecs, où les deux illustres généraux ont commis des erreurs tactiques.

Les historiens vous diront que l'avenir de Québec et de la Nouvelle-France s'est joué plus tard au printemps quand les premiers bateaux qui se sont pointés à l'île d'Orléans battaient pavillon britannique, à moins que ce ne soit à la capitulation de Montréal, en septembre 1760.

Les nationalistes enragés qui s'opposent à toute commémoration pourraient se rabattre pour leur part sur la bataille de Sainte-Foy, remportée par François de Lévis, le 28 avril, pour tenir une célébration l'an prochain. Les historiens vous diront aussi que les Britanniques ont mis des ressources considérables pour prendre l'Amérique pendant que la France larguait certains territoires au profit des « îles à sucre ». La bataille des Plaines d'Abraham n'était qu'un épisode dans un conflit mondial qui annonçait la fin de l'empire français.

L'histoire a laissé son empreinte sur Québec au point où on y retrouve des rues au nom des vainqueurs et des vaincus (Murray, Moncton, Bougainville... et même une rue Wolfe à Lévis) sans que cela soulève de hauts cris. Deux cent cinquante ans plus tard, les Québécois peuvent faire la part des choses et y voir une occasion de vivre un cours d'histoire accéléré.

Au plan politique, le PQ a bien jugé l'affaire, mais il s'est fait déborder par des ultranationalistes, sans doute les mêmes qui dénonçaient le show de Paul McCartney sur les Plaines.

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