Marois la magicienne

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Donald Charette

Journal de Québec, Publié le:

On ne saura sans doute jamais si un Québec souverain aurait mieux traversé la crise qui affecte le monde actuellement. Tout cela tient pour l'instant de la politique-fiction.

Durant le week-end, Pauline Marois, chef du Parti québécois, s'est servie de cet argument pour galvaniser ses troupes en conseil national. Selon la thèse Marois, un État plus léger qui n'est pas obligé de faire des compromis dans la fédération canadienne pourrait réagir plus rapidement quand se pointe la tempête.

Passons sur cette récupération de la crise pour mousser son option, une stratégie discutable, mais analysons certains faits.

D'abord, le Canada se tire plutôt bien d'affaire si l'on compare aux dégâts qui se sont produits dans l'économie américaine. Cela tient à une variété de facteurs incluant la solidité de son système bancaire, une réglementation plus stricte du crédit, des prix mieux contrôlés, une meilleure répartition de la richesse (la péréquation), etc. Que l'on veuille ou non, beaucoup de ces éléments sont liés à ce que Jean Charest appelle l'appartenance à l'espace canadien.

Dans son allocution, la chef péquiste reprenait le vieil argument voulant que le Canada favorise l'Ontario et son industrie de l'auto. Or, cet argument ne tient plus la route avec les pertes d'emplois et la jadis prospère Ontario touche elle aussi de la péréquation.

Depuis 40 ans, le PQ essaie de persuader les Québécois de franchir le pas sans présenter une vision économique claire de ce que serait un Québec indépendant. Que ce soit sur la monnaie, la banque centrale, la participation au Traité de libre-échange, les réponses ont varié au fil des ans et les interrogations sont nombreuses. Dans le cas de la monnaie, on a résolu le problème apparemment en affirmant que le dollar canadien continuerait d'avoir cours.

Le PQ s'est adapté à la situation budgétaire du Canada dans son évolution. Quand le Canada était en déficit profond, les ténors péquistes arguaient qu'il fallait le quitter avant qu'il ne fasse faillite. Quand le Canada s'est retrouvé en surplus budgétaire, le PQ disait que c'était le temps de retirer nos billes de la fédération.

Si l'on veut convaincre les Québécois, il faudrait arrêter de leur conter des balivernes et leur parler de nécessaires sacrifices. Dans un élan de franchise qui l'honore, Mme Marois avait déjà admis à des journalistes du Journal de Québec que l'accession souveraineté allait provoquer cinq ans de «perturbations». S'il a fallu des années pour rapatrier la gestion de la main-d'œuvre qui faisait consensus, il en faudra plusieurs pour partager la dette, les actifs, signer des traités, intégrer les fonctionnaires fédéraux, définir des institutions communes. Cela ne veut pas dire que c'est un défi insurmontable, mais le PQ a tout intérêt à nous expliquer son plan de match et à nous dire combien de temps il faudra pour arriver à bon port. Parions que la crise serait alors un souvenir diffus.

Quand la tempête gronde, les citoyens ont tendance à se réfugier dans un endroit sûr. Les prochains mois et les prochaines années seront donc ardus pour le mouvement souverainiste, qui navigue entre des exutoires comme la «saison des idées, les «1 000 jours» ou la «convention» de Daniel Turp en fin de semaine.

Quant à la pensée magique de Pauline Marois, elle ne sert qu'à convaincre des convaincus.

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