Chronique

Le test du Dr Bolduc

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Donald Charette

Journal de Québec, Publié le:

La responsabilité d'un ministre de la Santé quand survient une crise, c'est de rassurer la population et de lui démontrer que tout a été fait pour la soigner adéquatement. Le Dr Yves Bolduc a fait exactement le contraire toute la semaine après les révélations sur les erreurs dans les tests dans le cas de cancer du sein.

Il n'était pas au courant d'une étude faite par le Dr Louis Gaboury, président de l'Association des pathologistes du Québec, remise pourtant à son ministère un mois plus tôt. Cette étude a de quoi inquiéter car elle révèle que de 15 à 30% des tests destinés à déterminer le type de cancer du sein dont souffraient des femmes étaient erronés. Si le le test est faussé, le diagnostic et le traitement choisi ne seront pas nécessairement le bon.

Après ce qui s'est passé à Terre-Neuve, 400 femmes on reçu de mauvais diagnostics, le Québec a bien sûr formé un comité d'assurance-qualité qui a été pris de court par les révélations des médecins spécialistes. On apprenait, cette semaine, que les hôpitaux de Québec n'ont pas attendu que le ministère de la Santé se vire de bord et ont décidé de faire contre-vérifier leurs tests dans un laboratoire de Toronto.

Placé devant les conclusions des pathologistes, le ministre Bolduc a d'abord cherché à mettre en doute leurs conclusions. Il est vrai que l'étude porte sur un nombre limité de cas, 15 échantillons, et qu'elle a été financée par une entreprise Hoffman-Laroche, qui commercialise un traitement anti-cancer dispendieux, le Herceptin. Mais le ministre et son arsenal de fonctionnaires n'avait pas de données scientifiques à présenter pour contredire l'étude des pathologistes. Il s'est donc tourné, dans un premier temps, vers le Collège des médecins et L'Institut de la santé publique pour étudier la chose, ce qui risque de prendre des mois.

Deux jours plus tard, le ministre fait volte-face et reconnait la valeur de cette étude et qualifie même la situation «d'explosive». Après avoir dénigré ses résultats, il accepte de rencontrer les experts qui ont activé la sonnette.

Les citoyens, et surtout les femmes et les hommes qui combattent des cancers au quotidien, sont désemparés devant deux thèses qui s'affrontent sur la place publique. Samedi, le ministre a donné une conférence de presse dans le seul but de calmer le jeu et de rassurer les patientes, comme Denise Caron qui témoignait de son désarroi dans nos pages. Désolé mais quand tout ce qu'on a à raconter c'est «ce que je veux leur dire, c'est que j'aimerais vous en dire plus, mais il faut attendre que les experts se soient prononcés», vaut mieux se taire.

Le bulldozer

Le Dr Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes, aime bien bulldozer le ministre et le ministère de la Santé quand il trouve qu'ils se traînent les pieds. Il avait mené une opération en 2001 alors qu'il représentait les radiologistes qui se plaignaient de la vétusté de leurs équipements et avait fait débloquer, finalement, 250 millions$.

Il faut présumer toutefois de la bonne foi des médecins spécialistes dans ce dossier. S'ils ont nourri la peur de gens malades de façon odieuse pour obtenir des investissements publics, c'est au ministre Bolduc de le démontrer et la population s'en souviendra.

Hier, nous avons assisté à la collision publique entre la Fédération et le ministre, entouré de médecins spécialistes! Difficile de s'y retrouver mais si l'histoire était gonflée, le ministre et le gouvernement avaient l'obligation de la tuer dans l'oeuf dès jeudi dernier.

Quant au Collège des médecins, dont c'est la responsabilité, il a été étonnamment discret.

Un tour de Lada

Yves Bolduc est entré en politique il y a un an et a enfilé le sarreau du Dr Philippe Couillard. Son leitmotiv était d'implanter la méthode Toyota, synonyme de qualité et d'efficacité, dans le réseau de la santé. Cette semaine, les Québécois et surtout les Québécoises ont eu l'impression de faire un tour de Lada.

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