« On va rester à l'écoute... travailler avec les gens... » - Jean Charest, 1er décembre 2008, en entrevue avec Bernard Derome
Il y a un an, une semaine avant les élections générales au Québec, le premier ministre Charest affirmait avoir tiré des leçons de son premier mandat et que, dorénavant, il serait en mode écoute.
Le sondage que nous publions ce matin démontre qu'il a vite fait d'oublier ses bonnes dispositions. Les deux tiers des Québécois exigent qu'il mette sur pied une commission d'enquête publique sur la corruption dans le monde de la construction et, pourtant, il fait toujours fi de la volonté populaire.
Il rejette du coup les suppliques des villes de Montréal, Québec, des policiers, des procureurs de la Couronne, de l'Ordre des ingénieurs, tous soucieux du bien public.
Pire encore, et c'est la constatation la plus dérangeante de ce coup de sonde, la suspicion s'installe et fait des ravages.
La grande majorité des Québécois croit en effet que le refus du gouvernement de nettoyer les écuries tient au fait que cette enquête identifierait des gens ou des méthodes proches des cercles de pouvoir.
Quand 70 % des gens estiment que le gouvernement cache des choses, c'est que les fondements de notre régime politique sont attaqués.
Seule la tenue d'une enquête publique peut rétablir la confiance des électeurs.
Depuis des mois, les citoyens sont soumis à des révélations sur la corruption qui gangrène le monde municipal et celui de la construction.
Des informations laissent entrevoir un système bien structuré et occulte qui nourrit les caisses des partis politiques, ce qui n'est quand même pas rien.
Le Québec s'est longtemps bercé de l'illusion que sa démocratie était plus propre que celles des autres et que la loi sur le financement des partis politiques, qui date de plus de 30 ans, avait policé la circulation de l'argent vers les caisses électorales.
Rien de plus faux : des ingénieurs, avocats, architectes, entrepreneurs... (faut-il ajouter les propriétaires de garderies?) ont appris depuis longtemps comment contourner la loi et attendre des faveurs en retour.
Après son élection en 2003, le premier ministre Charest s'était empressé de déclencher une commission d'enquête publique sur le désastre de la Gaspésia à Chandler, qui a englouti 300 millions de dollars des Québécois pour une usine qui a été démantelée avant de produire du papier. Les libéraux avaient, à juste titre, déchiré leur chemise à l'époque.
Le rapport du juge Robert Lesage devait blâmer sévèrement l'ancien premier ministre Bernard Landry, Claude Blanchet et la FTQ, qui occupait le chantier.
Curieux retour des choses, la FTQ est encore le seul allié du gouvernement Charest dans le refus de procéder à une purgation.
Dans le cas de la construction, on parle de dépassements généralisés qui gonflent le prix des soumissions de millions alors que le Québec est en chantier.
Le premier ministre calcule sans doute qu'il a été sauvé de cette décision par la cloche qui annonce la suspension des travaux parlementaires.
L'impression que la corruption est généralisée chez nos élites est bien installée et survivra aux partys des Fêtes.
Le téflon qui protégeait Jean Charest et son équipe commence à s'effriter sérieusement.