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Chronique

Mauvais départ pour Vancouver

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Donald Charette

Journal de Québec, Publié le:

Vancouver ne manque pas seulement de neige. Les Jeux olympiques ont manqué une belle occasion de célébrer l'apport du Québec.

La cérémonie d'ouverture des Jeux, vendredi soir, était marquée par les grands symboles canadiens - les peuples autochtones, la police montée, la nature - mais il y avait bien peu de place pour le Québec et la deuxième langue officielle au Canada, le français.

On aurait aimé que l'on fasse plus que de traduire les discours officiels, démontrer aussi à la face du monde que ce pays a été fondé par deux grands peuples, que le Québec y compose le quart de sa population, que le français y est, du moins sur le plan administratif canadien, une langue reconnue d'un océan à l'autre. Ce n'est pas en regardant cette cérémonie qu'un visiteur étranger risque de découvrir la différence québécoise.

C'est d'autant plus déplorable que le français est l'une des langues du CIO, que le gouvernement canadien a investi plus de un milliard dans ces Jeux, notamment pour offrir du français, que Marcel Aubut est le président désigné du Comité olympique canadien, et que, bien sûr, ces Jeux se tiennent au Canada. Hier, James Moore, le ministre du Patrimoine et des Langues officielles, a indiqué que le gouvernement a beaucoup insisté pour que les Jeux soient bilingues. On a aussi rappelé que le français est la huitième langue parlée à Vancouver. La cérémonie d'ouverture doit servir de vitrine au pays hôte qui ramasse une bonne partie de la facture de plus d'un milliard.

Présent à la cérémonie, le premier ministre Jean Charest n'a pu que constater la portion congrue laissée au Québec et a bien fait de dénoncer cette anormalité.

C'est d'autant plus déplorable que ces Jeux, ce sont aussi nos Jeux car, avec plus de persistance, c'est sans doute la Ville de Québec qui les aurait accueillis. En 1992, Québec a supplanté Calgary et obtenu la sélection canadienne pour la présentation des Jeux d'hiver de 2002 et, à ce moment-là, tous les espoirs étaient permis. En 1995, Québec subissait une défaite crève-cœur face à Salt Lake City qui, selon certaines informations, avait magouillé pour les obtenir. La flamme olympique de Québec s'est éteinte quelque part au début juin à la place D'Youville quand le CIO a fait connaître son choix.

C'était la consternation. Les politiciens ont flairé le vent, le climat morose, l'opposition d'une partie de la population, les dénonciations sur les « seigneurs des anneaux » qui vendaient leur vote au plus offrant... et la Ville de Québec a baissé les bras et a cessé d'être une prétendante olympique. Avec le recul, on se dit que ce fut une erreur. Il existe bien des thèses sur la rentabilité, ou non, des JO et chacun y trouve son profit.

Ce qui est évident par contre, c'est que les Jeux laissent sur leur passage des millions en infrastructures, routes, équipements sportifs et servent à la rénovation urbaine. Québec 2010 aurait forcé la construction d'un amphithéâtre, d'un anneau de glace couvert, d'un lien rapide avec le Massif de Petite-Rivière-Saint-François, etc.

Parions également que Québec aurait bien fait les choses en tout respect de l'autre Canada.