Cherchez l'erreur! Le nombre de fonctionnaires à l'emploi de l'État québécois a augmenté depuis un an.
La présidente du Conseil du Trésor, Monique Gagnon-Tremblay, a mentionné, au cours de l'étude des crédits de son ministère, que le Québec a embauché 104 nouveaux employés, ce qui porte les effectifs totaux à 55 649. Il est utile de rappeler que, depuis cinq ans, le gouvernement a instauré une politique administrative qui mise sur l'attrition pour diminuer la taille de l'État.
4 500 emplois
En pratique, on ne remplace qu'un poste sur deux libéré par la prise de retraite de fonctionnaires. Selon le premier ministre Jean Charest, cette approche mesurée a éliminé 4 500 emplois dans le secteur public, soit une économie de un milliard de dollars pour les contribuables.
Dans le budget Bachand, on retrouve un tableau sur l'évolution des effectifs de la fonction publique depuis 10 ans. On est passé, durant cette décennie, de 52 916 fonctionnaires à plus de 55 000 avec des variations. Le sommet a été atteint en 2005-2006, à 57 074, et il a redescendu par la suite. À l'arrivée des libéraux au pouvoir, en 2003, on dénombrait sensiblement le même nombre de fonctionnaires qu'aujourd'hui. Sous le règne libéral, la diminution réelle aurait été de 3 240 fonctionnaires en bout de ligne.
On peut se demander comment il se fait que l'appareil a pu gonfler alors que le Québec affrontait une crise économique et financière sans précédent et une volonté de sabrer dans la liste de paie. La ministre a expliqué notamment qu'il fallait 300 personnes de plus au Revenu pour combattre l'évasion fiscale. Tous les gouvernements promettent de récupérer des centaines de millions en traquant les tricheurs sans qu'on en mesure les effets en espèces sonnantes dans les budgets suivants. C'est un pari bien risqué d'ouvrir autant de postes dans un seul ministère, si lucratif soit-il.
Le graphique du budget contient en fait deux tableaux, l'un avec les effectifs « autorisés », et l'autre, les effectifs « utilisés ». Une note en bas de page souligne qu'il faut tenir compte des « marges de manœuvre » des ministères. Dans la gestion quotidienne, il y a beaucoup de négociations entre le Trésor et les ministères sur les postes à remplacer. On peut deviner que tous les emplois n'ont pas le même caractère indispensable et qu'il y a beaucoup de tir au poignet avec les gestionnaires.
La question de fond est de savoir si la règle du 2 pour 1 a été un tel succès. Le critique péquiste en la matière, Sylvain Simard, député de Richelieu, est catégorique et soutient qu'elle a été abandonnée en cours de route. « Cette politique a atteint ses limites et est appliquée de manière absurde », dit-il en entrevue.
La machine
Cet ex-président du Conseil du Trésor croit que la « machine » gouvernementale a mis en œuvre cette règle « bêtement », pour démontrer qu'elle ne tient pas la route si elle est appliquée sans discernement. Des autorisations ont donc été accordées a posteriori pour maintenir des postes jugés essentiels.
La résistance de la machine a fait son œuvre.
Depuis le budget Bachand, le gouvernement martèle que le 2 pour 1 sera la norme dans toute la structure incluant la santé et l'éducation, ce qui fait partie du 62 % de l'effort public. C'est une grosse commande quand on sait qu'il est plus difficile de supprimer un poste dans un secteur névralgique.
donald.charette@journaldequebec.com