Le ministre Yves Bolduc avait une bonne nouvelle à dévoiler cette semaine, soit l'embauche de 500 infirmières praticiennes spécialisées (IPS), baptisés superinfirmières.
Il aura fallu 13 ans pour y parvenir.
Ces superinfirmières viendront soulager la pression sur la première ligne, les soins directs aux malades. Ces IPS ont une formation supplémentaire de deux ans, l'équivalent d'une maîtrise, et jouent en pratique le rôle d'un quasi-médecin. Elles peuvent prescrire des médicaments et des examens diagnostiques, suturer des plaies, drainer des abcès, faire le suivi des grossesses jusqu'à 32 semaines, etc.
Une décennie d'attente
Le réseau de la santé souffre terriblement d'un accès limité. Si vous n'êtes pas référé par un médecin ou si vous ne passez pas par l'urgence, c'est la croix et la bannière pour avoir un rendez-vous, en raison notamment de la rareté des médecins de famille. En déléguant des actes médicaux à ces infirmières spécialisées, on devrait oxygéner un tant soit peu la livraison des soins de santé.
L'Ordre des infirmières avait appuyé sur la sonnette, l'an dernier, pour dénoncer la lenteur gouvernementale. Le Québec a légiféré en 2002 pour autoriser l'arrivée des superinfirmières. Huit ans plus tard, on ne dénombre que 25 IPS dans tout le réseau québécois alors qu'en Ontario, il y en a 1 250!
Il y a actuellement 53 inscrits au programme de formation et 60 qui le débuteront en septembre.
Ces 500 postes seront ouverts d'ici cinq ans ce qui signifie qu'il se sera écoulé plus d'une décennie entre la volonté politique couchée dans une loi et sa mise en oeuvre.
Nouveau fonds
S'il a fallu ces années pour réussir, c'est entre autres en raison du manque d'argent. C'est 117 millions de dollars que le ministre Bolduc a débloqué dont 41 millions pour le financement récurrent des 500 postes. Les programmes de bourses seront bonifiés avec une enveloppe de 34 millions.
Le milieu de la santé est l'un des plus ankylosés. Toute l'implantation des superinfirmières s'est heurtée au corporatisme des médecins et à une résistance généralisée. Le cas de Sandra Charland est patent. Cette mère de famille a suivi son cours de « nurse practionner » en Ontario, en 2000, sans pouvoir exercer sa profession au Québec, le Collège des médecins et le ministère lui refusant tout droit de pratique.
Quant aux hôpitaux, coincés dans des corsets budgétaires, ils ne voulaient pas ouvrir des postes beaucoup plus onéreux, une IPS pouvant toucher un salaire plus élevé (environ 86 000 $).
Puisque le ministère de la Santé est en mode solution, il devrait poursuivre sur sa lancée et permettre aux pharmaciens d'élargir leur rôle en renouvelant les prescriptions par exemple, ce qui désengorgerait les cliniques médicales.
Le ministre Bolduc est prodigue, cet été. Il a trouvé 32 millions de dollars pour la fécondation in vitro et 117 millions pour les IPS, tout ça dans la même semaine. Vous aurez compris que c'est le nouveau « Fonds de financement des établissements », imposé dans le budget Bachand, qui permet ces largesses.
Votre première saignée de 25 $ du ler juillet (100 $ en 2011 et 200 $ en 2012) est donc déjà dépensée.
donald.charette@journaldequebec.com