Adversaires le jour, amoureux la nuit. Nathalie Normandeau, la vice-première ministre du Québec, et François Bonnardel, porte-parole adéquiste des Finances, ont créé une grande première dans les annales de la politique québécoise.
Après plus d'un an, les deux tourtereaux viennent donc discrètement de mettre un terme à leur idylle.
En avril 2009, Nathalie avait révélé sa liaison au grand jour pour faire taire les rumeurs.
De nombreuses questions d'éthique furent alors soulevées. Des libéraux se demandaient, sous le couvert de l'anonymat, si leurs discussions en caucus ou leurs documents internes resteraient secrets.
Force est de constater aujourd'hui que François et Nathalie ont agi avec le plus grand des professionnalismes. Ils ont tous deux réussi à conserver la confiance de leurs collègues et à faire avancer leurs idées politiques tout en ayant parallèlement une vie amoureuse.
DIFFICULTÉS INÉVITABLES
Mais le temps aura fait son œuvre. Des difficultés et des embûches exceptionnelles minaient leur relation à long terme. Quand ils faisaient leur travail et s'attaquaient directement ou indirectement, on se demandait si le tout allait dégénérer en bataille d'oreillers ou qui allait coucher sur le divan ce soir-là.
Il leur devenait sans doute de plus en plus pénible de regarder les nouvelles ensembles ou même de se lire les journaux au petit-déjeuner. Les péquistes alimentaient la rumeur voulant que François s'apprêtait à passer chez les libéraux.
Nathalie demeure l'une des rares sinon la seule ministre qui accepte d'aller défendre sur toutes les tribunes les décisions impopulaires de son chef. Dieu sait qu'il y en a eu quelques-unes au cours des derniers mois. Nathalie semble avoir plus de courage et de loyauté envers son parti que l'ensemble du conseil des ministres réuni. Une autre source de tension grandissante avec son adversaire de chum.
François est un homme qui a autant de conviction et de loyauté que sa blonde. Le seul hic, c'est qu'ils ne soient pas dans le même parti et que leur vision du Québec soit aux antipodes. S'il n'était qu'un opportuniste assoiffé de pouvoir, comme on en voit trop souvent en politique, il y a longtemps qu'il se promènerait en limousine avec son chauffeur.
LOIN DES YEUX
Pas facile non plus de concilier vie politique et vie sentimentale quand un député habite à Granby et sa conjointe en Gaspésie. Oubliez les soupers-surprises romantiques ! Tout est compliqué et doit être planifié longtemps à l'avance.
Le fossé s'élargissait donc un peu plus de jour en jour entre les deux amants. La passion faisait lentement place à la tension.
L'inévitable arrive aujourd'hui.
Tous deux en sortiront néanmoins grandis, comme l'ensemble du Québec. Nathalie et François auront prouvé qu'ils sont dignes de confiance. La presse aura fait preuve d'une certaine retenue qui l'honore, fort différente de ce qu'on voit ailleurs dans le monde face à des situations similaires.
Et la vie politique continue. Nathalie peut à nouveau aspirer à succéder à Jean Charest. François peut redevenir une des étoiles montantes de la droite.
Comme toutes les plus belles histoires d'amour, la leur était simplement impossible.
eric.duhaime@journaldequebec.com