La population du Québec avait à choisir entre la sonnerie d'alarme du président de la Fédération des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette, et la confusion semée par le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Elle s'est rangée en bloc derrière le médecin-syndicaliste parce que ce dernier se portait à la défense des femmes québécoises (et non seulement de ses membres!) pendant que le ministre cherchait à étouffer l'affaire en blâmant des boucs émissaires.
Alors qu'une étude pilote du pathologiste-chercheur Louis A. Gaboury démontrait des variations de résultats de 15 % à 30 % des tests de détection du cancer du sein pour les mêmes patientes, selon les laboratoires et parce que cette étude dormait au ministère depuis un mois, le Dr Gaboury et à sa suite le Dr Barrette se sont tournés vers les médias.
Réaction du ministre : il s'en est pris aux journalistes leur servant une leçon d'éthique et faisant appel à plus de sens critique de leur part; il a minimisé la portée de l'étude du Dr Gaboury, reliant celui-ci à un commanditaire privé pour le discréditer; il s'est aussi attaqué personnellement au Dr Barrette, lui reprochant de poursuivre des intérêts syndicaux. Pitoyable!
Coup de sifflet
La sortie publique des pathologistes et du Dr Barrette est une forme éloquente de whistleblowing, ou un coup de sifflet public d'un professionnel pour obtenir un correctif à une situation inacceptable. Il faut parfois se rendre à ce recours extrême pour faire bouger un appareil gouvernemental. Les pathologistes réclamaient, depuis 2005, la création d'un programme national d'assurance-qualité pour les laboratoires où s'effectuent les analyses de prélèvements des tissus. Le dossier n'avait pas abouti depuis quatre ans.
Il est malheureux que la crise engendrée par cette obligation de dénonciation publique ait plongé des milliers de femmes dans l'anxiété, quant à la validité du diagnostic reçu et du traitement choisi. C'est un prix très élevé à payer sur les plans social et humain.
Se hâter lentement
Le ministre Bolduc a amorcé un virage. Il lance un peu moins des blâmes à tout vent pour protéger sa machine administrative; il indique plutôt qu'il est passé à l'action. Des contrôles de qualité externes seront exigés de tous les établissements qui mènent des tests pathologiques sur le cancer du sein. Un comité d'experts lui fera par ailleurs des recommandations d'ici quelques jours sur la reprise possible des tests pour certaines femmes déjà diagnostiquées. C'est ce que la population aurait voulu entendre dès jeudi dernier.
Des considérations d'ordre monétaire ne doivent surtout pas entrer en jeu, ce que craignait en fin de semaine le Dr Barrette. M. Bolduc sera surveillé de près sur ce plan.
Inexpérimenté en gestion de crise politique, le Dr Bolduc a mal réagi et il sort grand perdant de ce malheureux affrontement verbal avec le président de la Fédération des médecins spécialistes. Il connaîtra dorénavant la médecine de cheval de ce dernier.
À sa décharge cependant, le gouvernement Charest n'a pas tenu ses promesses en santé depuis 2003 après avoir créé d'énormes attentes. Maintenant que cela devient criant, le ministre sauveur Philippe Couillard n'est plus là pour répondre de sa gestion et son successeur subit les conséquences de la perte de confiance des citoyens.
Le Dr Bolduc a conclu, hier, de façon émotive un débat spécial sur la crise dans laquelle il est plongé. En tant que médecin de famille et éthicien, il s'est senti très malmené au cours des derniers jours. Il est rassurant d'entendre un ministre de la Santé parler enfin avec son cœur, mais, en même temps, M. Bolduc ne gère visiblement pas encore bien la pression que son poste lui impose. Et cela a trop transpiré depuis quelques jours.