Le président de l'Assemblée nationale, le libéral Yvon Vallières, endosse par sa passivité l'activisme syndical d'un noyau de journalistes de la Tribune de la presse à Québec, qui manœuvre pour empêcher des journalistes du Journal de Québec de couvrir les débats et autres activités parlementaires.
La direction de Quebecor a décidé il y a plusieurs mois de mettre fin à son abonnement à la Presse canadienne et de créer sa propre agence de presse, QMI, pour des raisons corporatives. Par ailleurs, un conflit est en cours au Journal de Montréal. Des journalistes du Journal de Montréal s'entêtent à voir dans QMI une opération pour les court-circuiter et ainsi pouvoir se priver plus facilement de leurs services, alors que ces deux dossiers n'ont absolument aucun lien.
Les journalistes du Journal de Montréal en conflit ont convaincu les membres du comité de direction de la Tribune de la presse et un pourcentage de leurs collègues syndiqués des autres médias qui y œuvrent de les appuyer dans leur conflit en bloquant l'accès aux diverses activités de la Colline parlementaire aux journalistes du Journal de Québec qui alimenteraient QMI. De nouvelles accréditations permanentes ne leur sont ainsi plus accessibles et des demandes d'accréditations temporaires sont refusées de façon arbitraire.
Chaque demande d'assignation d'un journaliste du Journal de Québec non déjà membre de la Tribune de la presse, l'association des journalistes affectés à l'Assemblée nationale, doit faire l'objet d'une évaluation par le président de ce club, le journaliste Pierre Duchesne, de Radio-Canada, qui décide au cas par cas de la pertinence de la demande du Journal de Québec, donc qui voudra connaître l'objet de la démarche journalistique, l'identité des personnes que le journaliste désire rencontrer, la durée de sa recherche, etc.
Les présences à la période des questions de l'Assemblée nationale et aux points de presse impromptus qui s'y rattachent sont systématiquement refusées. La semaine dernière, une couverture de travaux d'une commission parlementaire où témoignait le maire de Québec, Régis Labeaume, a d'abord été refusée de façon discriminatoire à une journaliste du Journal de Québec, alors que des représentants de médias concurrents, incluant une collègue de Duchesne de Radio-Canada à Québec, étaient accrédités les yeux fermés.
Droits violés
Un tel filtrage est antidémocratique. Il est aussi une négation honteuse des droits fondamentaux au libre travail de la presse, une négation de toutes les pratiques reconnues dans le journalisme. De petits potentats en poste à la Tribune de la presse à Québec se livrent pourtant à ce corporatisme syndical outrancier sans que personne à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec sourcille, sans qu'aucun parlementaire s'inquiète, sans que le frileux président de l'Assemblée nationale, Yvon Vallières, y mette un holà.
Les journalistes membres de la clique de l'Assemblée nationale ont poussé l'outrecuidance jusqu'à modifier les règlements de la Tribune portant sur les accréditations, afin de soutenir leurs collègues du Journal de Montréal en fermant la porte du Parlement à ceux du Journal de Québec et de QMI. Ils ont même ajouté un article spécifiant que les membres de leur exécutif seraient protégés financièrement par la Tribune contre des poursuites légales personnelles intentées par Quebecor.
Or, les cotisations pour être membre de ce club sont défrayées à 100 % par. leurs employeurs. Comme pour les politiciens, la suffisance n'a plus de bornes après un séjour trop prolongé dans ce collège.
Terrorisme intellectuel
Le prétexte invoqué pour écarter les journalistes du Journal de Québec? Le risque que leur présence crée des incidents qui dérangeraient la vie parlementaire. Or, ceux qui invoquent ce risque sont précisément ceux qui seraient susceptibles de provoquer de tels incidents. On sanctionne les victimes plutôt que les agresseurs.
C'est une forme de petit terrorisme intellectuel par des agitateurs qui détournent leurs propres accréditations à la Tribune, payées par leurs employeurs, pour qu'ils s'acquittent de leurs responsabilités professionnelles à l'Assemblée nationale. Ils les utilisent plutôt à des fins d'activisme syndical.
Et Yvon Vallières, Jean Charest, Pauline Marois ferment les yeux pour ne pas indisposer à leur endroit les leaders de la clique qui sont aussi ceux qui rapportent au jour le jour leurs faits et gestes aux électeurs québécois.