Chronique

Policiers de pouvoir

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Jean-Jacques Samson @

Journal de Québec, Publié le:

Des policiers de carrière au Québec s'inquiètent de la politisation des affaires policières ces dernières années.

Le phénomène a pris de nouvelles proportions dans le débat sur le déclenchement d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, l'attribution des contrats par les pouvoirs publics et le financement des partis politiques.

D'une part, le président de l'Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), Jean-Guy Dagenais, a participé à une conférence de presse, il y a quelques jours, devant l'édifice de l'Assemblée nationale, en compagnie de la chef de l'opposition, Pauline Marois, et d'autres élus, ainsi que de dirigeants syndicaux, dont Claudette Carbonneau, de la CSN, pour réclamer la tenue d'une telle enquête. Des membres de son syndicat ont été indisposés. L'APPQ a exercé un devoir de réserve politique depuis sa création en 1966.

M. Dagenais est devenu une vedette de cette campagne, en faisant valoir les limites des enquêtes policières derrière lesquelles se réfugie le gouvernement Charest pour écarter la mise sur pied de la commission d'enquête réclamée. M. Dagenais est le chef syndical des policiers-enquêteurs de la SQ affectés à ces dossiers.

Ministre de la police

D'autre part, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, s'est défendu la semaine dernière d'être le « ministre de la Police ». Il se définit plutôt comme le « ministre des Affaires policières », une nuance importante.

Or, M. Dupuis s'est néanmoins entouré dans sa garde rapprochée de personnes qui ont occupé des postes clés à la SQ et qui maintenant contrôlent le très sensible et secret ministère de la Sécurité publique.

Son chef de cabinet est Jocelyn Turcotte, ex-président de l'Association des policiers provinciaux du Québec, le syndicat des policiers de la SQ. Son sous-ministre en titre est Robert Lafrenière, un policier d'élite, ex-directeur des enquêtes criminelles à la SQ, entre autres postes névralgiques qu'il a occupés au sein de la « police nationale ». L'organigramme du ministère montre aussi que le sous-ministre responsable de la Direction des affaires policières est Martin Prud'homme, ex-inspecteur en chef de la SQ. En 2005, il avait également nommé sous-ministre Paul Girard, un autre « ex » de la SQ et de l'APPQ.

Ces ex-dirigeants policiers connaissent évidemment tous les officiers de la SQ qui occupent des postes clés. Ils connaissent même la plupart des membres de l'effectif sur qui ils ont déjà, à un titre ou à un autre, exercé de l'autorité. Ils connaissent l'organisation dans toutes ses ramifications et les jeux de pouvoir à l'intérieur de celle-ci. Ils sont au parfum des précieuses informations colligées dans le passé en cours d'enquêtes criminelles.

Politique et police

Ces personnes, issues de l'appareil policier, sont passées dans l'équipe des étroits collaborateurs dans le quotidien du ministre de la Sécurité publique.

Autant cela peut être un gage d'efficacité dans la lutte contre le crime en général, autant cela devient une source de profondes inquiétudes lorsque le gouvernement veut étouffer des « affaires » susceptibles de lui nuire.

L'un des acquis de la Révolution tranquille, il y a cinquante ans, est la distance établie entre le pouvoir politique et celui exercé par la police. Les deux semblent se confondre allègrement sous Jean Charest et Jacques Dupuis.

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