Chronique

Solidarité à sens unique

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Jean-Jacques Samson @

Journal de Québec, Publié le:

La solidarité que prônent les dirigeants du Collectif pour un Québec sans pauvreté est toujours unidirectionnelle. Il ne leur viendrait jamais à l'esprit d'accorder un peu de répit aux payeurs d'impôt et de taxes.

Le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, a annoncé dimanche un plan d'action qui prévoit que le gouvernement dirigera 7 milliards de dollars sur cinq ans aux plus démunis. Ce sont 3 milliards de plus que pour la période 2004-2009.

Or, réaction immédiate de ce lobby : c'est nettement insuffisant. Tous les bénéficiaires de l'aide sociale devraient être au sommet de l'échelle des prestations, selon eux, qu'ils soient aptes au travail, mais non intéressés à occuper un emploi, ou qu'ils aient des contraintes sévères à l'emploi. Le gouvernement Charest annonce aussi la construction de 3 000 logements sociaux de plus que prévu d'ici à 2014. Le Collectif en voudrait cinq fois plus, 15 000. Ces gens seront toujours insatiables.

La pauvreté diminue

La réalité est pourtant que la pauvreté régresse au Québec. Les statistiques à cet effet sont éloquentes. Le taux d'assistance sociale, le dernier recours, est à son plus bas depuis 1976. Le taux de chômage est également bas, à 8 %.

Priorité à l'emploi

Les plans d'action défendus depuis 2007 par le ministre Sam Hamad convergent de façon obsessionnelle vers l'emploi. Un train de programmes ont pour dénominateur commun de valoriser le travail, ce qui hérisse de toute évidence le lobby des bénéficiaires de l'assistance sociale.

Depuis mai 2007, le salaire minimum est par exemple passé de 8 $ à 9,50 $ l'heure, le 1er mai dernier. La hausse totale depuis 2003 est de 30 %, alors que le coût de la vie a augmenté de 13 % au cours de la même période. Prime au travail, Prime au travail adapté, Supplément à la prime au travail, Crédit d'impôt pour la solidarité, afin de protéger le pouvoir d'achat des ménages à faibles revenus, etc. On ne compte plus les mesures destinées à inciter les personnes à choisir le travail de préférence à l'aide sociale.

Cette stratégie pourrait être qualifiée de « coercition douce ». Elle consiste à creuser l'écart entre un chèque de paie et un chèque d'aide sociale, assorti des « bénéfices marginaux » qui y sont rattachés.

Ministère économique

De ministère à vocation essentiellement sociale, Emploi et Solidarité sociale est ainsi devenu un important acteur économique, à la fois pour susciter de la croissance et pour le contrôle au moins de la croissance du troisième poste de dépenses en importance, derrière la santé et l'éducation, y compris en pelletant une partie des coûts au fédéral.

La métamorphose s'est faite sans véritables heurts, notamment à travers le Pacte pour l'emploi de 2008, proposé par le ministre Hamad avec l'enthousiasme de celui qui semble continuellement en course pour le titre de vendeur du mois.

Le rituel de juin

Le lobby du Collectif atteint toujours un sommet en juin, à l'approche de la journée nationale du déménagement au Québec, le 1er juillet.

L'annonce d'un nouveau plan d'action de 7 milliards dimanche permet de replacer les choses en perspective. Le Québec demeure une société parmi les plus solidaires, mais de plus en plus, il le sera avec ceux pour qui la dépendance totale de l'État est une obligation absolue et non le choix d'un mode de vie.

jjacques.samson@journaldequebec.com

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