Chronique

L'État éprouvette

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Jean-Jacques Samson @

Journal de Québec, Publié le:

La procréation assistée ne doit pas être réservée aux gens riches et célèbres, les René Angelil-Céline Dion ou Pierre K. Péladeau-Julie Snyder de ce monde.

En effet, les multimillionnaires ne se paient pas un enfant comme ils s'achètent un château ou un avion. Le désir intense de procréer est l'un des plus nobles et il est le même, peu importe sa richesse. L'accès à la procréation assistée devient donc une question de justice sociale. C'est au nom de cette même justice sociale que l'accès à l'avortement ou que certaines chirurgies esthétiques nécessaires pour l'équilibre psychologique de personnes, sont assumés par l'État.

Le Journal avait raconté, en mars, le cas de Geneviève Charron et de Dany Fournier, un couple de la classe moyenne de la Rive-Sud qui a investi 11 000 $ de ses économies, en 2006, dans une première tentative infructueuse de fécondation in vitro.

Désespéré d'attendre que le gouvernement Charest respecte enfin sa promesse sur la gratuité du traitement, le couple s'est inscrit la semaine dernière pour un autre traitement, à compter du 15 septembre, même s'il devait en acquitter à nouveau la lourde facture. Ils rogneraient ailleurs. Geneviève aura 34 ans en octobre et le temps presse, croit-elle. C'est dire à quel point la naissance de cet enfant tant désiré est devenu la priorité des priorités pour eux. Le gouvernement ne pouvait rester sourd au besoin de tous ces couples.

Procréer n'est certes pas l'un des droits fondamentaux des citoyens inscrits aux chartes. Une société qui prône autant que le Québec l'égalité des chances, par contre, peut certainement aider financièrement les couples infertiles à trouver le bonheur par la fécondation assistée ou l'adoption. Il s'agit de deux choix fort différents, mais qui doivent avoir chacun leur place dans une politique familiale aussi élaborée que celle que le Québec s'est donnée.

Le dosage

Les défauts majeurs de nos programmes gouvernementaux à l'intérieur de cette politique familiale sont l'universalité et leur générosité excessive.

L'accessibilité aux garderies subventionnées, par exemple, n'a nullement besoin d'être universelle et au même coût pour tous les citoyens. Le présent système est du mur à mur socialiste qui nous coûte deux milliards de dollars pour répondre à 50 % des besoins. Le programme d'assurance parentale est, pour sa part, d'un niveau excessif de générosité, que les Québécois n'avaient pas les moyens de s'offrir.

Au Québec, nous appliquons trop souvent le principe de l'égalité des chances à contresens : nous payons aux mieux nantis le même service public qu'aux gens à plus faibles revenus, en prétendant que l'équilibre se retrouvera par une fiscalité plus lourde pour les revenus supérieurs. Le résultat : les services publics sont médiocres, doublement coûteux, et les revenus supérieurs surtaxés paient en double. YGREK avait la bonne solution dans sa caricature : des bébés en ppp.

Dans le rouge

Le Journal a fait, ces derniers mois, la chasse aux dépenses excessives ou injustifiables, sous le thème « Le Québec dans le rouge ».

L'ajout d'un programme de fécondation assistée dans le panier des services de santé n'est pas contradictoire. Il s'agit d'une mesure progressiste pour une sortie d'argent raisonnable (35 millions de dollars) qui peut être comblée facilement par l'élimination de l'un des multiples gaspillages identifiés.

Une bonne gestion libérerait de l'espace budgétaire pour faire d'autres développements, à la condition aussi qu'ils soient bien dosés.

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