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Chronique

Nos réfugiés politiques

Michel Hébert

Michel Hébert @

Journal de Québec, Publié le:

Gérard Deltell a pu constater ces jours-ci combien le statu quo avait la couenne dure et des partisans partout. Couper un milliard dans les dépenses, ne serait-ce pas catastrophique? lui a-t-on demandé à la radio et à la télévision. Implicitement critiqué, le chef de l'ADQ ne l'a pas eu facile son passage sur les plateaux...

Pourtant, n'y a-t-il pas eu, cette année, 900 millions de compressions dans les dépenses? Presqu'un milliard! Avez-vous senti quelque chose? Vous a-t-on plus mal servi au Registre de l'état civil? L'Observatoire de la diversité culturelle n'a-t-il pas pu vous aviser à temps quand le cinéma italien était en vedette au Togo? A-t-on coupé dans les séances de rigolothérapie? Ou dans les primes à la Caisse de dépôt et placement du Québec? A-t-on aboli les cours de « gestion des couriels »? A-t-on fermé « l'agence culturelle » de Rome? A-t-on cessé de dîner au Cercle de la garnison? A-t-on vraiment coupé dans le gras jusqu'à l'os?

On a pourtant comprimé les dépenses de 900 millions, ce n'est pas rien! Comme le dit si suavement la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, « ça n'a pas paru ». Effectivement, il semble bien que « le bonheur du peuple » soit encore intact. C'est Raymond Bachand qui doit être content.

Gérard Deltell a été victime de la rectitude ambiante. Celle qui prétend qu'une réduction des dépenses, que vivre davantage selon nos moyens ferait nécessairement des victimes.

Que lui a-t-on dit, par exemple, à RDI? « Mais, monsieur Deltell, moins de fonctionnaires, ce ne serait pas moins d'emplois pour le Québec? » Encore un peu et l'ADQ était accusée de favoriser le chômage! Sur le même réseau, on déplorera ensuite qu'il y a des centaines de milliers d'emplois à combler dans le secteur privé.

Autre source inépuisable de désinformation : la sécurité d'emploi dans le secteur public. L'ADQ remet ça en question ces jours-ci. Péché mortel! Comment osent-ils, ces malotrus? On leur a dit tout de suite que Maurice Duplessis pourrait revenir sur terre! Qu'advenant un changement de gouvernement, des milliers de personnes seraient mises à la porte des ministères et des organismes publics. Ah oui?

Il y a des employés dits « occasionnels » partout dans le secteur public. Une situation que déplorent d'ailleurs les centrales syndicales depuis plusieurs années. A-t-on assisté à une saignée quand les libéraux ont pris le pouvoir en 2003? A-t-on alors privé le Québec de milliers d'emplois? Bien sûr que non.

En fait, c'est le contraire qui se passe à chaque élection. On n'a qu'à jeter un coup d'œil à l'évolution des effectifs. Les « réfugiés » politiques courent se planquer au Trésor, à Loto-Québec, aux Finances, etc. L'actuel gouvernement prend de l'avance et procède continuellement à des nominations dans divers organismes et ministères. La Régie du bâtiment ne s'en remettra peut-être jamais.

Il n'y a donc pas de règlement de compte quand le gouvernement change, sauf à la direction des sociétés d'État où les fédéralistes et les souverainistes jouent à la chaise musicale depuis quarante ans. Ailleurs, c'est la cosa nostra, la bonne entente qui protège secrètement les amis des deux côtés : touchez pas aux nôtres, on ne touchera pas aux vôtres.

Alors pourquoi a-t-on vraiment de la sécurité d'emploi dans un tel univers? C'est écrit noir sur blanc dans les conventions collectives : « le manque de travail ne doit pas être un motif de mise à pied ». Ça n'a pas été écrit pour rien. Ces quelques mots ont une valeur inestimable pour les « réfugiés » politiques. Il n'y a que les adéquistes capables de remettre ça en question, eux n'ont pas des « amis » partout.