En acceptant qu'une commission parlementaire se penche sur le désastre financier de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, Pauline Marois donne de la crédibilité à l'échappatoire choisie par Jean Charest.
Il ne le faudrait pas. Nous devrions pouvoir connaître toute la vérité sur ce scandale, aller au fond des choses et comprendre comment ce trou de 40 milliards a été creusé et par qui.
Jean Charest dit que c'est «très décevant». C'est beaucoup plus que cela. C'est un scandale financier majeur qui ne peut être mis uniquement au compte de la crise actuelle. La Caisse a fait pire que ses semblables et les Québécois ont le droit de savoir pourquoi.
Pas question de se contenter d'une conférence de presse au beau milieu de la semaine, pendant que tout le monde travaille. Allons vraiment au bout de l'exercice, peu importe si New York s'inquiète de la suite des choses; Wall Street n'a d'ailleurs plus de leçon à donner à quiconque.
Étrangement, malgré l'ampleur des dégâts, Jean Charest et sa garnison ont opté pour une inoffensive commission parlementaire. Pourquoi ? Pour garder cette affaire dans l'arène politique, bien sûr! Demander à des députés d'examiner la politique du risque de la Caisse, c'est presque une insulte à l'intelligence des Québécois.
Ce sont peut-être des gens bien intentionnés, nos députés, mais ils n'ont évidemment pas tous la compétence pour se mesurer à des zinzins de la finance. La plupart n'en connaissent pas plus long que vous et moi sur le Papier commercial adossé à des actifs. Les gars de la Caisse, soyez-en sûrs, seront plus coriaces que Lise Thibault !
Un mandat au Vérificateur
La Caisse a perdu davantage que GM mais cela ne semble pas suffire au gouvernement. Étrange, n'est-ce pas ? S'il avait eu envie de connaître la vérité et de secouer le pommier de la Caisse, Jean Charest aurait poser le seul geste crédible qui soit : donner un mandat spécial au Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, probablement un des meilleurs à ce poste depuis longtemps.
Cela aurait été simple et nous aurait épargné le spectacle que nous donnent ces jours-ci les libéraux indignés par ceux qui les soupçonnent et les accusent d'irresponsabilité. Les sourcils bien hauts, ils accusent le PQ de «politiser le débat» et, du coup, de causer des soucis aux financiers de New York.
Alors dépolitisons le débat! Permettons à Renaud Lachance de passer au crible la grosse Caisse, abandonnée abruptement par Henri-Paul Rousseau, réfugié depuis chez Power Corporation.
Le gouvernement l'a fait pour l'UQUAM, pour l'industrie des chevaux, pour un Lieutenant gouverneur du troisième âge. Pourquoi pas lui confier la Caisse? A-t-on peur, en haut lieu, que le VG découvre autre chose? Bien sûr que c'est ça.
Sinon pourquoi demander à des députés, qui sont prof, travailleur social, au mieux comptable, d'interroger des professionnels de l'investissement? La garnison libérale présume sans doute qu'ils seraient incapables d'aller trop loin, si tant est qu'ils seraient tentés de le faire, en pensant à leur serment de servir au mieux leurs concitoyens.
Les questions
Donner suite à une commission parlementaire aussi solide qu'un paravent risque de nous faire dévier vers la partisannerie (comme le souhaitent les libéraux) et de nous éloigner de l'essentiel. Et l'essentiel est simple : POURQUOI la Caisse s'est-elle transformée en vendeuse-acheteuse de Papier commercial adossé à des actifs ? Qu'est-ce que la caisse faisait dans le lit de Coventree, la firme torontoise qui a mis en circulation au Canada le PCAA? Pourquoi les gars de la Caisse se sont-ils fiés à une seule firme de cotation, DBRS, basée, elle aussi, à Toronto? Et a orchestré la séduction des sociétés d'état et des organismes publics?
Demander à des parlementaires de faire enquête sur un sujet aussi complexe est une farce. On doit conclure que le gouvernement libéral ne veut pas savoir ce qui s'est passé. Comme pour les urgences, le décrochage scolaire ou la situation du français à Montréal, ce qui lui importe, c'est de faire croire aux Québécois qu'on ne peut pas faire mieux. Il mise sur la résignation.