Est-ce que la liberté de religion a préséance sur le principe de l'égalité entre les hommes et les femmes?
Bien sûr que non, a répondu, en substance, la ministre de l'Immigration, Yolande James, à l'Assemblée nationale, mercredi.
L'action fondamentale du gouvernement de Jean Charest, a-t-elle soutenu, est de «favoriser le vivre ensemble », sans compromis envers les «valeurs québécoises». Y compris l'égalité homme femme.
Mais alors, qu'en est-il de cette initiative de la Société de l'Assurance automobile du Québec qui permet, au nom de la religion, de refuser un service offert par une femme? Le Québec est-il ou pas engagé vers la laïcité? Le projet de loi 16, étudié en commission parlementaire actuellement, et vise-t-il vraiment à «favoriser l'ouverture de la société à la diversité culturelle et à lutter contre la discrimination»?
Ça fait deux jours que Pauline Marois et la députée péquiste Carole Poirier tentent de comprendre quels motifs raisonnables, autres que juridiques, incitent le gouvernement à croire qu'il n'y a pas là une brèche dans la Charte des droits et libertés du Québec.
«M. Charest a amendé la charte l'an dernier uniquement au profit du culte de sa personnalité. Parce que, dans les faits, ça ne veut rien dire», a pesté la chef du PQ.
«Le vivre ensemble du premier ministre peut porter atteinte à l'égalité et à la primauté de l'égalité entre les hommes et les femmes», a-t-elle ajouté.
Ce débat, potentiellement explosif, indispose évidemment le gouvernement qui a vite sorti le canon des raccourcis pour accuser implicitement le PQ et l'ADQ de «racisme».
Plus fondamentalement, M. Charest a fait comprendre que le Québec n'était pas devant un fléau. Que les cas recensés d'accommodements religieux étaient fort peu nombreux.
«D'abord, sur le cas particulier (de la SAAQ), il faut quand même placer ça dans son contexte, on parle de six cas sur 26 000. La commission (des Droits de la personne) se penche là-dessus puis elle conclut quoi? Elle dit: si une personne parmi les six veut avoir un service d'un homme ou d'une femme, bien, elle attendra son tour essentiellement. Pourquoi? Parce que c'est basé sur le principe de l'égalité entre les hommes et les femmes», a expliqué M. Charest.
Dans les banquettes péquistes, les injures fusaient : «À genoux !», «Pas de colonne !»
Quant à l'ADQ, elle essuie toujours les reproches découlant de la décision de Mario Dumont de ne pas participer à la commission Bouchard-Taylor. Quand Sylvie Roy a proposé l'élaboration d'un Livre Blanc sur la laïcité, le député lavallois Vincent Auclair lui a lancé : «Vous ne serez même pas là. Vous ne participerez même pas ! Alors.»
Jean Charest a cité l'ex-députée de Charlesbourg, Catherine Morrissette, qui racontait en juin dernier qu'après avoir préparé un mémoire sur les accomodements raisonnables, n'avait pu en témoigner publiquement.
Les adéquistes étaient dans brouillard complet quand Mario Dumont a fait part de sa décision «dans un scrum» avec les journalistes. Mme Morrissette s'était alors sentie «naïve et niaiseuse», a rappelé le premier ministre en accusant l'ADQ et le PQ de vouloir raviver la division entre les immigrants et les Québécois de souche.