Visée par une motion de blâme qui a finalement été rejetée jeudi, la députée adéquiste Sylvie Roy a provoqué la colère des libéraux en exigeant des excuses.
« On a pris la pire des procédures pour me faire un procès », a soutenu la députée de Lotbinière, déplorant l'intention du gouvernement de « porter atteinte » à son immunité parlementaire.
Outré, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a laissé tomber son crayon et a donné un violent coup de poing sur son pupitre.
Sous les huées, la voix du ministre délégué aux Transports, Norm MacMillan, était nettement audible : « Toi, vas-tu t'excuser à ma femme et à mes enfants? Vas-tu t'excuser? » a-t-il répété, fixant un regard noir sur la députée de Lotbinière, qui préférait regarder ailleurs.
Mme Roy avait faussement affirmé que trois ministres étaient allés sur le bateau de Tony Accurso, ce qui est apparemment peu recommandable. La députée adéquiste, derrière qui l'opinion publique s'est vite rangée, s'en tire à bon compte.
Décontenancé, le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, a pris la chose en riant, résigné devant le verdict du président de l'Assemblée nationale, Yvon Vallières.
Ce dernier a donc rejeté la motion de blâme que le gouvernement avait soumise à l'Assemblée nationale à l'encontre de la députée Roy, accusée d'avoir dépassé les limites de l'immunité parlementaire. En fait, c'est le premier ministre Charest qui avait dévoilé les noms des trois ministres qu'avait faussement identifiés Benoît Labonté au cours d'une entrevue à Radio-Canada.
Aux yeux du président Vallières et en vertu de la loi constituante de l'Assemblée nationale, Mme Roy n'a pas abusé de son privilège.
Presque absolue
M. Vallières a précisé que les députés disposent d'un « privilège parlementaire de la liberté de parole, ce qui leur permet une plus grande liberté de parole et d'action. Ce privilège a un statut constitutionnel et une portée presque absolue ».
Donc, justement à cause de cette « portée presque absolue », Mme Roy est absoute.
Le ministre Jacques Dupuis a demandé au président la prescription de « balises », mais sa requête restera lettre morte.
« C'est un droit constitutionnalisé, nous n'avons pas besoin de le baliser. Nous souhaitons passer à autre chose », a conclu le leader parlementaire du PQ, Stéphane Bédard, qui a plaidé magistralement dans cette affaire et à qui l'ADQ doit une fière chandelle.