Pour amener Jean Charest sur le terrain identitaire, Pauline Marois déposera mardi un projet de loi réaffirmant « les valeurs fondamentales de la nation québécoise », à savoir la primauté du français, la laïcité et l'égalité homme-femme.
La chef du PQ compte du même coup pousser le gouvernement libéral à prendre les moyens de freiner l'exode des allophones vers le réseau anglophone d'éducation; 13 000 cégépiens le font annuellement et contribuent au recul du français sur le marché du travail.
« Jean Charest doit se prononcer, tous les juristes s'entendent, c'est la seule solution envisageable », a lancé Pauline Marois en ouvrant un colloque du PQ sur l'identité québécoise, à Montréal, hier.
Le projet de loi péquiste sera déposé à l'Assemblée nationale, mardi, et proposera une modification de la Charte québécoise des droits et libertés visant à consolider la situation des Québécois francophones devant les tribunaux, a expliqué le député Alexandre Cloutier, porteur du dossier constitutionnel pour le PQ. Ce texte fondamental précisera que les Québécois tiennent à la laïcité de leurs institutions, à l'égalité entre les hommes et les femmes et à la prédominance du français à l'école, dans les services publics et au travail.
Mme Marois a dévoilé sa stratégie à l'ouverture d'un colloque intitulé Gouvernement souverainiste et développement culturel auquel participaient environ 500 délégués venus des quatre coins du Québec.
Le PQ avait convié les siens au Centre des congrès de Montréal, aux abords du quartier chinois, là où, ironiquement, le français est, au mieux, une langue seconde.
Selon Pauline Marois, « les libéraux ont peur d'affirmer notre identité » et cela explique leur passivité face aux accommodements raisonnables, au glissement du français vers le statut de langue de la minorité à Montréal et à leur gestion discrète de l'immigration.
Or, selon elle, pour contrer le recul actuel, le français doit être la langue prédominante du primaire jusqu'au collégial et la brèche que constituent les écoles privées « passerelles » vers le réseau anglais doit être colmatée.
Quant aux accommodements raisonnables, le gouvernement doit y mettra le holà. « Les accommodements, quand ils sont déraisonnables, ils doivent être interdits, et c'est l'État qui doit fixer les balises », a insisté Pauline Marois.
« Il faut défendre nos valeurs, a-t-elle ajouté, parce que personne ne va le faire à notre place, et surtout pas Jean Charest. »
Aucune résolution ne sera adoptée au cours de ce colloque qui se termine aujourd'hui. On y cherchera plutôt des « consensus ». Mme Marois a précisé que les militants devaient « définir les contours d'une politique de développement culturel d'un gouvernement souverainiste ».
« On prépare la prochaine plate-forme », a résumé le député Pierre Curzi, qui souhaite que tous les Québécois connaissent la situation réelle du français dans la région métropolitaine.
« Si on ne prend pas une série de décisions en plusieurs domaines, il va y avoir un glissement vers l'anglicisation, et ça, ça me fait peur », a-t-il dit.
L'ex-député Daniel Turp, prof de droit, voit quotidiennement des francophones parler en anglais avec des allophones. « Je constate tous les jours l'attraction de l'anglais chez les étudiants de l'Université de Montréal », a-t-il dit, malheureux.