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Le malaise
final.

Boucler une série n’est jamais facile, surtout quand celle-ci obtient un immense succès populaire et critique. Le dernier épisode revêt effectivement une importance cruciale. Particulièrement en comédie. Parfois ça passe (Les Invincibles, Friends); parfois ça casse (Rumeurs, How I Met Your Mother). Martin Matte était bien conscient des tenants et aboutissants avant d’écrire la finale des Beaux malaises. Voilà pourquoi il a décidé de mettre «toute la gomme». «J’y ai beaucoup pensé, déclare l’auteur, acteur et producteur. J’ai travaillé très, très fort.»

Martin Matte est fier de plusieurs scènes des trois saisons des Beaux malaises. Voici ses cinq préférées.

«Enwoèye! Tu sais que chu’s pas patient!»

Épisode : Le couple (saison 1)
Diffusion : 22 janvier 2014
Auditoire : 1 815 000

Diffusé en janvier 2014, le premier épisode des Beaux malaises annonçait un phénomène : celui des répliques qui deviendraient cultes, celles qu’on s’amuserait à citer au quotidien, peu importe les circonstances.

«Le premier épisode a remporté un gros, gros succès, se rappelle Martin Matte. Dans une scène, je criais une phrase à Julie, qui sortait du psy. Je ­disais: “Enwoèye! Tu l’sais que chu’s pas patient!” Cette ligne a vraiment marqué le monde. Peu de temps après, je suis parti en voyage. En ­attendant aux douanes à l’aéroport, j’ai entendu des gens dire à voix haute, sans savoir que j’étais là: “Enwoèye! Tu l’sais que chu’s pas patient!” Pis ça faisait rire tout le monde!»

Des répliques épiques des Beaux ­malaises, Martin Matte peut en ­donner plusieurs autres exemples. L’une des plus célèbres demeure celle d’Isabelle (Geneviève Schmidt), la professeure de Florence, qui criait «C’est trop pour moi!» quand elle couchait avec Patrick (Patrice Robitaille).

«C’était fou! s’exclame l’auteur. Les gens écrivaient “C’est trop pour moi!” sur la plage et m’envoyaient des ­photos après!»

Prostituée recherchée

Épisode : Le sexe handicapé (saison 1)
Diffusion : 25 mars 2014
Auditoire : 1 964 000

La première saison des Beaux malaises s’est terminée sur une note engagée au printemps 2014. L’ultime épisode traitait d’un sujet délicat: les personnes handicapées qui recourent aux services de prostituées pour satisfaire leurs ­besoins. L’épisode montrait Martin ­chercher «une fille de joie» pour son frère Marc-André (Fabien Cloutier), dont la vie sexuelle était ­inexistante depuis son traumatisme crânien.

«J’étais très fier de cet épisode», raconte ­Martin Matte.

L’humoriste s’était inspiré de son propre parcours pour écrire cette demi-heure de comédie. Son frère Christian a effectivement subi un traumatisme crânien lors d’un accident de ­voiture en 1986.

Plus que tout, «Le sexe handicapé» était ­annonciateur des épisodes plus corsés qui ponctueraient les deuxième et troisième ­saisons des Beaux malaises, incluant «Les pauvres» (Martin participe à une fête d’enfants en milieu défavorisé) et «Scandale» (une ­critique sévère des médias, qui montent de fausses controverses en épingle).

«C’est un épisode qui a donné le ton, comme quoi Les beaux malaises, c’est drôle, mais c’est aussi audacieux.»

Patrick Watson chante The Great Escape

Épisode : Soccer (saison 2)
Diffusion : 4 mars 2015
Auditoire : 2 075 000

Martin Matte s’est fait un devoir de mettre des chansons d’artistes québécois en avant-plan au cours des trois saisons des Beaux malaises. Ces pièces, qui venaient clore ­chacun des épisodes, ont permis au grand public de découvrir des groupes comme Groenland (Daydreaming) ou encore des auteurs-compositeurs-interprètes comme Keith Kouna (Napalm), Tire le Coyote ­(Calfeutrer les failles) et Éric Goulet ­(Comme un cave).

L’un des titres ayant particulièrement marqué les fans des Beaux malaises est ­probablement The Great Escape de Patrick Watson. Entendu en clôture d’un épisode ­intitulé Soccer, dans lequel Martin soupçonnait le coach de pédophilie, la ballade du pianiste montréalais s’est ensuite retrouvée au sommet des palmarès, neuf ans après sa sortie.

«Le lendemain, c’était la toune la plus ­shazamée au monde», rappelle le stand-up comique en souriant.

Martin Matte a toujours sélectionné avec soin les chansons qui accompagnaient les épisodes des Beaux malaises. «Je pouvais en écouter 100 avant d’en choisir une», dit-il.

Parmi les autres morceaux qui ont fait ­forte impression, citons Je t’attendais de Daniel Hétu, Fulton Road de Bernard ­Adamus, Les aurores de Mara Tremblay et… Nice Embarrassments, chantée par Martin lui-même, au bord et dans sa piscine.

Martin change la toilette

Épisode : Prendre une pause (saison 2)
Diffusion : 11 mars 2015
Auditoire : 2 141 000

Immensément populaires sur YouTube, les scènes de «rénovations maison» ont contribué à forger la réputation d’excellence des Beaux malaises, à commencer par celle où Martin tente d’installer une toilette au sous-sol pendant que Julie profite d’un week-end de vacances aux États-Unis. Bien entendu, les choses tournent rapidement au vinaigre et Martin finit par casser plusieurs ­toilettes. Deux ans plus tard, cette ­séquence fait encore jaser.

«La semaine dernière, j’ai reçu la photo d’un gars qui essayait d’installer une ­toilette!» lance le créateur en riant.

Fait à signaler, la première séquence de rénovations, celle où Martin tente de poser un cadre, a bien failli ne jamais voir le jour.

«C’est arrivé par accident, révèle le principal intéressé. On avait un épisode qui était trop court de deux ou trois ­minutes. Francis Leclerc (le réalisateur) a demandé à François Avard et moi ­d’écrire une autre scène pour combler le vide. J’ai juste dit: “Donne-moi un ­niveau, un marteau, pis un cadre.” ­Francis m’a répondu qu’on allait pouvoir faire au maximum 30 secondes avec un gag de même, mais j’ai dit: “Oh non…” Je savais que ça pouvait marcher. Au tournage, tous les techniciens étaient pliés en deux tellement ils riaient.»

«C’est le genre de scène qui représente bien l’homme de 2016. Il y a 30 ou 40 ans, l’homme était plus manuel. C’était plus naturel, on dirait. Mon père a bâti sa propre maison! Aujourd’hui, on peut tout faire avec notre iPhone, mais construire quelque chose, ça semble pas mal plus difficile. On a tendance à ­s’impatienter assez vite.»

Julie a-t-elle trompé Martin?

Épisode : Don de soi (saison 3)
Diffusion : 9 mars 2016
Auditoire : 1 991 000

Bien qu’elle visait principalement à ­faire rire, la série a réussi à émouvoir plusieurs téléspectateurs au fil du temps. La fameuse scène où Martin ­craquait après avoir visité un jeune fan atteint d’une maladie incurable à l’hôpital était certainement bouleversante.

Aux dires de l’humoriste, c’est ­toutefois l’épisode où Julie trompait (ou pas) Martin qui a provoqué les plus vives réactions.

«J’ai toujours environ 700 messages après chaque épisode. Mais cette fois-là, j’en ai reçu à peu près 6000! Ça a beaucoup secoué les gens. C’est une scène qui a suscité beaucoup de discussions. Julie (Le Breton) m’a appelé pour me ­dire qu’on lui en parlait beaucoup.»

«Il n’y a plus vraiment de sujet tabou aujourd’hui, mais l’infidélité féminine dans un couple avec des enfants, c’en est un.»

Chargée émotionnellement, la ­séquence a confirmé – encore une fois – que Martin Matte n’était pas seulement capable de dérider les téléspectateurs. Il pouvait également les toucher.

«Je n’ai jamais reçu autant de ­compliments! Pourtant, faire éclater de rire une masse très large de gens, c’est difficile!»