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Qu’ils se transforment en Batman, en Superman, en Harley Quinn ou encore en Sub-Zero, les adeptes de cosplay évoquent un sentiment grisant, enivrant, lorsqu’ils revêtent les ­habits de leurs personnages fétiches.

«La première fois où j’ai mis mon costume de Batman et que j’ai vu mon ombre, pareille comme dans les films, j’ai tripé», explique Rock Hamelin, un Québécois qui a découvert cette passion en 2004.

Mais les débuts des adeptes dans l’univers du cosplay sont souvent modestes. Rock ­Hamelin se rappelle en riant son tout premier costume de Batman, fait à partir des leggings de sa mère et d’une cape bon marché, ­dénichée à la pharmacie du coin.

Le prix de la qualité

Au fil des ans, ses costumes se sont raffinés, gonflant chaque fois la facture. Afin de créer une réplique parfaite des tenues vues dans les films et les bandes dessinées, plusieurs pièces doivent être faites sur mesure, ou ­encore commandées à l’étranger.

«C’est très facile de trouver plein de trucs pour confectionner ses costumes. Mais ­trouver des trucs de qualité? Ça, c’est très ­difficile. Et ça a un prix», explique-t-il.

«Beaucoup pensent que le cosplay se limite à porter un costume d’Halloween acheté dans un magasin à grande surface. Certains le font, et c’est très bien; je n’ai rien contre ça. Mais moi, ce qui me plaît le plus, c’est de créer mes costumes et de trouver tous les ­morceaux», poursuit-il.

Les adeptes ne le cachent pas: le cosplay peut s’avérer un loisir particulièrement onéreux. Shelly Paradis, également connue sous le sobriquet SheDraven, reconnaît avoir dépensé «des centaines de dollars» afin de créer ses ­costumes, mais avoir «un peu peur de compter» les sommes exactes avancées pour sa passion.

Un costume à 2500 $

Rock Hamelin, quant à lui, estime avoir déboursé «entre 2000 $ et 2500 $» pour la confection et les ­modifications subséquentes de son costume de Batman. Alors que, certaines années, il consacrait des milliers de dollars à sa passion, il a dû ralentir la cadence l’an dernier avec la ­naissance de sa fille, Stéphanie.

Et tous ces dollars, dépensés à ­parfaire leurs attirails?

«Quand on voit le regard impressionné d’un enfant qui croise son superhéros préféré, on se dit que ça, ce moment-là, ça vaut chaque sou dépensé, autant pour le costume que le déplacement», conclut Rock Hamelin.

Phénomène d’envergure mondiale, le ­cosplay commence à prendre de l’ampleur au Québec. Ce passe-temps, qui consiste à revêtir costumes et perruques afin ­d’incarner des personnages virtuels issus de bande dessinée, de film, de jeu vidéo ou de série télévisée, a démarré en Asie, avant de se ­répandre à travers le monde.

D’ailleurs, le terme a été obtenu en fusionnant les mots «costume» et «play» (ou jouer, en français).

Par hasard

C’est par hasard que la mannequin Marie-Claude Bourbonnais s’est retrouvée dans le monde du cosplay. En 2009, elle a proposé à un photographe quelque chose de ­différent, un concept qui tranchait avec les usuelles séances photo dites «glamour» la montrant en lingerie ou en maillot de bain. Ainsi, elle s’est transformée en Frost, personnage de la célèbre série de jeux vidéo Mortal Kombat avant de prendre la pose.

«Quand j’ai publié la photo sur le web, la réaction a été tellement grande que j’ai voulu en apprendre plus sur le cosplay. À ce moment-là, j’ignorais même que le fait de s’habiller en personnages avait un nom», explique-t-elle.

Le Journal s’est entretenu avec la ­Québécoise alors qu’elle rentrait au pays après un séjour au Chili pour leur Comiccon national. Également invitée à celui de Montréal, du 8 au 10 juillet au Palais des congrès, elle a toutefois dû ­décliner l’offre en raison d’un conflit d’horaire.

«Le Comiccon de Montréal est devenu une grande convention qui s’illustre et se compare très bien à l’échelle ­internationale», explique Marie-Claude Bourbonnais.

Pour ceux qui l’ignorent, un Comiccon est une convention réunissant des fans de tout ce qui touche aux bandes dessinées, mais également à la culture populaire générale. Ces événements sont tenus dans une dizaine de pays à travers le monde.

Faire ses preuves

À son arrivée sur la scène du cosplay, ­Marie-Claude Bourbonnais a dû se buter à plusieurs préjugés. Mais ça, elle s’y attendait. Et elle y était préparée lorsqu’elle s’est présentée à son premier Comiccon, à New York, en 2010. Son costume de Sue Storm, un quart des Quatre Fantastiques, a fait tourner bien des têtes.

«Je savais que les gens allaient me voir et se dire: “Bon, encore une fille avec des gros seins qui va arriver avec un costume acheté dans un sex-shop”. Et je ne peux pas les ­blâmer. Ça m’a pris trois ans pour faire mes preuves, pour bâtir ma crédibilité. Mais j’y suis arrivée», explique-t-elle.

Cette crédibilité dont elle jouit aujourd’hui est en partie basée sur ses talents de costumière; bien plus qu’un simple mannequin, ­elle confectionne elle-même tous les ­costumes qu’elle revêt à chaque occasion.

Son costume de Scorpion, autre héros de la série Mortal Kombat, a d’ailleurs reçu le sceau d’approbation d’Ed Boon, le créateur de la saga. Il a partagé le cliché à ses quelque 230 000 abonnés Twitter.

D’ailleurs, sa formation de costumière (elle détient un diplôme en design de mode) ­pourrait assurer à Marie-Claude Bourbonnais une certaine longévité dans le domaine. À 36 ans, elle délaisse tranquillement les contrats de mannequin glamour. Le cosplay pourrait également prendre une place moins importante dans sa carrière, au profit de ses contrats de costumière dans les années qui s’en viennent.

«Le cosplay a été une belle façon de présenter mes compétences au public. Mais je vois la ­création de costumes comme étant l’élément principal de la deuxième partie de ma ­carrière», explique-t-elle.