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« J’ai appris à me faire confiance »

les entrevues du samedi

De l’assurance
à revendre

Cela aura pris du temps, mais Dominic Paquet a enfin appris à se faire confiance dans le style d’humour qui lui convient parfaitement. Avec un troisième one man show en carrière, Rien qu’s’une gosse, le comique grand format veut faire rire sans «faire plaisir à personne juste pour être dans la clique».

Voilà déjà 17 ans que Dominic Paquet a fini l’École nationale de l’humour. Pendant des années, l’humoriste a fait diverses apparitions sur scène et au petit écran sans toutefois voir sa carrière prendre véritablement son élan.

Son premier one man show, sorti en 2006, est relativement passé inaperçu auprès du grand public. «On ne s’est même pas rendu à 25 000 billets vendus, se souvient-il. Et je n’ai pas fait 100 représentations. Ce n’est vraiment pas beaucoup.»

Périodes de frustration

Pourtant, Dominic Paquet se faisait souvent dire par ses comparses humoristes qu’il était le gars le plus drôle qu’ils connaissaient. «À la longue, ça devenait frustrant», admet-il.

«Mais il y a un côté là-dedans qui est de ma faute. J’étais très gêné avant. L’humour, c’est beaucoup de l’assurance. J’ai toujours été une personne qui a de la misère à se laisser aller quand je sens un jugement chez une autre personne. Un plateau de tournage où l’ambiance est de la merde, oublie ça, tu viens de me perdre. Je ne pourrai pas me laisser aller.»

Sa rencontre avec Michel Courtemanche, pour son deuxième one man show, Dominic Paquet voit le jour, a été très déterminante. «J’ai appris à me faire confiance grâce à lui. Il m’a donné de l’assurance dans mon talent comique.»

C’est là que tout a débloqué. Aujourd’hui, à 39 ans, Dominic Paquet lance finalement son troisième spectacle, Rien qu’s’une gosse, et presque 25 000 billets se sont déjà vendus avant même sa première médiatique. «Je n’ai jamais eu ça de ma vie. Je n’en reviens pas!»

Auteur de l’année

Alors que certains humoristes se spécialisent dans des spectacles avec une morale et des textes profonds, Dominic Paquet est allé dans ce qu’il sait faire de mieux: faire rire sans se casser la tête.

«J’ai un style d’humour qui ne va pas nécessairement aller chercher la faveur des critiques. Certains font de l’humour politique. Moi, tu n’apprends rien à aller voir mon show. Je me vois un peu comme Will Ferrell ou Jim Carrey. Tu viens voir mon show pour rire. Et ça ne veut pas dire que je n’ai pas de rigueur. Il y a beaucoup de trava il d’impliqué là-dedans. Mais je dois assumer que mon style d’humour ne gagnera peut-être jamais l’Olivier d’auteur de l’année.»

Dans ce nouveau spectacle, Dominic Paquet est bien fier d’un numéro qu’il a écrit sur les jours de la semaine. «Je pense que c’est mon meilleur numéro à vie, dit-il. Je ne pensais pas que les gens allaient embarquer autant.»

Rire de magnotta

Il s’est aussi permis d’aller dans des sujets beaucoup plus sombres, comme le terrorisme, et même Luka Rocco Magnotta. «Je parle de Magnotta peut-être pendant trois minutes seulement. Ce n’est pas le moment où ça rit le plus dans le show, mais j’ai réussi à trouver un angle. Au début, quand je commence, les gens ne sont pas sûrs, mais ils finissent par embarquer.»

«J’ai un sentiment de fierté quand je réussis à parler de sujets heavy et je les transforme à ma façon. C’est l’angle que tu prends pour parler de ça.»

Après 17 ans dans le milieu, Dominic Paquet mentionne que sa carrière va finalement bon train depuis les cinq dernières années. «Mais il y a encore un gros public qui ne me connaît pas, qui est à gagner.»

Le spectacle Rien qu’s’une gosse de Dominic Paquet sera présenté au Théâtre St-Denis du 29 avril au 2 mai. Des supplémentaires auront lieu le 19 mai et du 3 au 6 juin. L’humoriste sera aussi à Québec les 8 et 9 mai ainsi que du 9 au 11 juin. Pour toutes les dates: dominicpaquet.com.

Le Will Ferrell
québécois ?

Dominic Paquet ne le cache pas, il rêve de faire du cinéma. Remarqué dans l’émission Les Pêcheurs, le comique aimerait jouer dans «une comédie de gars» qui serait un mélange entre les films de Will Ferrell et ceux de Ricky Gervais.

L’année dernière, plusieurs ont remarqué les talents de comédien de Dominic Paquet, dans Les Pêcheurs. Aux côtés de Claude Legault et Martin Petit, l’humoriste s’était joliment démarqué. Quelques mois plus tard, il remettait ça dans un épisode spécial de Noël, avec Claude Meunier et Jean-Thomas Jobin.

«Faire cette émission m’a confirmé ce que je pensais, dit-il. Je serais bon pour un film à la Will Ferrell. J’aimerais jouer dans une comédie de gars, à la Hangover (Lendemain de veille). Je trouve qu’on devrait arrêter de faire seulement des comédies de filles.»

Comme comédien, Dominic Paquet n’avait auparavant participé qu’à quelques épisodes de l’émission pour jeunes, Il était une fois dans le trouble, à Vrak. Mais une fois que sa nouvelle tournée sera moins exigeante, il compte plancher davantage sur les offres de jeu.

Déjà, il a été approché l’an dernier pour interpréter le rôle de Claude Blanchard dans un long-métrage sur la vie du défunt comique. «Le réalisateur m’a dit qu’il me voyait dans ce rôle-là. Mais ça implique du dramatique et ça me stressait. Je lui ai dit que je préférais faire une audition. Je n’ai pas eu de nouvelles depuis, mais le projet n’est pas assez avancé. C’est encore embryonnaire. Ça peut se faire l’année prochaine comme dans cinq ans.»

Ne pas être un imposteur

Présentement, avec sa compagnie de production Entourage, Dominic Paquet est à écrire un épisode pour une sitcom en développement à TVA. «J’aime jouer, mais il n’y a pas beaucoup d’émissions qui me conviendraient en ce moment. À part Les Pêcheurs, je pense à Les Beaux Malaises et Ces gars-là. Les autres séries, comme Série noire, je me verrais comme un imposteur là-dedans.»

Quand on lui demande quels sont ses acteurs fétiches, Dominic répond spontanément Will Ferrell («j’ai beaucoup aimé Step Brothers, Tallageda Nights, The Other Guys»). Mais il aime aussi beaucoup l’Anglais Ricky Gervais (The Office). «Il réussit à incarner le malaise et jouer vrai.»

Et Jim Carrey, lui? «Je tripais vraiment sur lui avant. J’ai moins aimé ce qu’il a fait dernièrement. Mais il n’y a pas beaucoup de gens qui sont capables d’être comiques comme lui. Il faut voir le talent derrière ça.»

Une enfance bilingue dans le West-Island

Ayant des parents originaires du Bas-du-Fleuve, Dominic Paquet a toutefois passé toute son enfance à Kirkland, dans l’ouest de l’île de Montréal. «C’est une ville bilingue à 50-50, mais avec une mentalité anglophone, dit-il. Quand j’étais jeune, j’ai fait un tournoi de soccer à Boston. Notre équipe mangeait au restaurant et on se parlait tous en anglais. Notre capitaine nous avait alors fait remarquer qu’il n’y avait que deux anglophones dans le groupe. La mentalité, c’était ça.»

Ainsi, jusqu’à l’âge de 17 ou 18 ans, Dominic a complètement ignoré la culture québécoise francophone. «Ce n’était vraiment pas populaire auprès de mes amis. Au secondaire, de dire que j’écoutais une émission ou de la musique francophone, c’était mal vu. Une fois, je suis allé au bar de chansonniers Le Deux Pierrots, avec ma sœur plus vieille. Je savais que j’aimais le folklore, mais j’ai vraiment constaté de quoi ce soir-là! J’avais ça en dedans de moi.»

Son père travaillant pour Transports Canada à l’aéroport de Dorval, c’est pour cette raison que toute la petite famille francophone des Paquet était allée s’installer à Kirkland. «À l’époque, c’était peut-être moins anglophone qu’aujourd’hui, dit-il. C’était à 10 minutes du travail de mon père. On parlait en français à la maison. Il n’y avait pas de jugement quand on écoutait de la musique francophone chez moi. Mon père prônait ça, en fait.»

«À Kirkland, mon père tenait à se faire servir en français partout. Quand j’étais jeune, je ne comprenais pas pourquoi il ne répondait simplement pas en anglais aux vendeurs. Ça m’est resté longtemps dans la tête. Encore aujourd’hui, si je me fais servir en anglais à Montréal, je réponds toujours en français.»

Humour anglophone

Même s’il fait carrière aujourd’hui en français, Dominic Paquet a eu ses premiers contacts avec l’humour en regardant de grands comiques anglophones. «J’ai adoré le spectacle Delirious, d’Eddie Murphy. J’ai aussi tripé sur Ray Romano, qui a un des meilleurs delivery (livraison). Sinon, Richard Pryor et Steve Martin, dans les années 1970, m’ont aussi marqué.»

Aimerait-il présenter des numéros d’humour en anglais, comme le font certains humoristes tels Mike Ward, Sugar Sammy et Sylvain Larocque? «Ce n’est pas ce qui m’intéresse en ce moment, mais je ne ferme pas la porte non plus», répond-il.