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« La glorieuse arrivée de Hi! Ha! à Montréal »
photo LE JOURNAL DE MONTRÉAL, PIERRE-PAUL POULIN
Photos LE JOURNAL DE MONTRÉAL, CHANTAL POIRIER

Des histoires, Michel Barrette en a toujours 1001 à raconter. Le Journal a demandé au comique de partager avec nous une anecdote de son cru. Il nous livre ici les débuts difficiles, mais hilarants, de Rolland Hi! Ha! Tremblay à Montréal.

Quand je suis arrivé à Montréal, en 1983, j’ai connu Daniel Lemire. Un jour, il a convaincu le réalisateur de Casse-­tête – une émission que Daniel animait avec Anne Poliquin et qui réunissait Gérard D. Laflaque en «rubber» et Pierre Verville – de me laisser faire l’émission.

C’était une émission pour adolescents qui passait tous les soirs de semaine à Télé-Métropole. Il avait dit au réalisateur: «Moi, j’ai connu un gars du Lac-Saint-Jean aux Lundis des Ha! Ha! et j’aimerais ça qu’il vienne faire un ­numéro sur le show».

Je débarque alors à Montréal sans une maudite «cenne», en autobus. Je vais faire mon numéro. Ça marche tellement bien que le réalisateur me demande si je peux revenir la semaine ­prochaine. «Si t’es bon de même, tu pourrais revenir pas mal à toutes les ­semaines.» C’est ce qui était arrivé, parce que Daniel a lâché la job et j’ai pris le show comme animateur pendant deux ans.

Tu habites où ?

Mais au début, quand il me demande si je veux revenir la semaine prochaine, je me mets à calculer le prix que ça va me coûter pour redescendre chez nous et revenir ensuite à Montréal. Et ça ne marche vraiment pas!

Ce que je fais, c’est que je décide de rester à Montréal. Pendant des ­semaines, je suis là, aux réunions de l’émission.

Un jour, Serge Chapleau me dit: «Pis, aimes-tu ça, Montréal? Tu habites où?»

«Au centre-ville, là. Sur Berri.»

«À quelle hauteur?», demande-t-il.

«Berri-de-Montigny... Je reste au ­terminus d’autobus.»

La nuit au terminus

À mon arrivée au terminus, je mets un 25 cents pour prendre un casier pour mon packsack. Le premier soir, le terminus ferme. Ils barrent les portes pour faire le ménage. Ils me ­demandent d’aller­­ dehors.

«Non, non! Je travaille à Télé-Métropole, que je leur dis! Je ne peux pas ­aller dehors. Je ne vais rien briser. Je vais juste me coucher sur le banc. Si vous voulez, je vous aide à faire le ­ménage.»

Ils me gardent un soir. Je leur conte plein d’affaires. Ils me trouvent drôle et me gardent un autre soir. Je suis rendu «le gars qui vit à Berri-de-­Montigny».

Quand Serge apprend ça, il me demande si je suis sérieux. Je lui dis que j’attends d’avoir ma paie et que je vais me trouver une chambre. Mais en ­attendant, je vais chez Serge et Jacques Grisé. Une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre.

Hi! Ha! à la radio

Quand je reçois ma paie, je vais m’installer sur la rue Saint-André, près de la Place Dupuis. Il y a une ­auberge, Le St-André.

Je m’installe là. À ce moment-là, j’ai aussi pogné une job à Radio-Canada Chicoutimi où je fais Hi! Ha! à la radio le vendredi matin de 7 h 50 à 8 h.

J’appelle là-bas, on me passe au ­téléphone. C’est bien fait. Le monde de Chicoutimi pense que je suis en studio.

Je prends donc cette petite chambre qui me coûte la moitié de rien. C’est minuscule. T’ouvres la porte et elle frappe sur le lit.

Le premier vendredi matin, il est 7 h 30. Je me dis qu’il faut que je me prépare à appeler. Je regarde dans la chambre et il n’y a pas de téléphone. Personne ne me connaît, encore moins Hi! Ha!

Je m’en vais dans le lobby de l’hôtel. Il y a un téléphone public qui est là. Pis y’a le Français – qui est le ­propriétaire – qui est en arrière de son ­comptoir.

Appel matinal

Il est 8 h moins le quart. J’appelle à Chicoutimi. Le technicien me dit qu’il y a une toune, une pause commerciale et après ça, le thème de Hi! Ha! et moi.

Je suis au téléphone et j’attends, ­j’attends. Le Français me regarde. Comme je ne peux pas faire Hi! Ha! avec mes dents dans la bouche, car ça ne sonne pas pareil pantoute, je pogne mon dentier et je le mets dans mes poches.

Le Français se demande ce que je fais là. Moi, quand je deviens Hi! Ha!, je deviens Hi! Ha! «Hi! Ha! Je suis ­rendu le maire de Montréal! Expo 67!»

Le Français capote. Les portes des chambres s’ouvrent. «Qu’est-ce qu’il fait là? Il n’a pas de dents et il hurle.»

Le Français s’approche de moi et il essaie­­ de m’enlever le téléphone. Je pousse dessus avec mon pied. Il faut que je finisse mon dix minutes!

Avec la police

Celui qui m’enlève finalement le téléphone des mains, c’est un policier du poste 33. Le Français avait appelé la police. Les policiers ont débarqué. Ils m’enlèvent le téléphone, me crissent dans le char de police et m’emmènent au poste 33 sur Ontario.

Là, il faut que j’explique ce que je ­faisais dans un hôtel à 8 h le matin en train de hurler «Hi! Ha! Vingt-cinq ans, minimum!» pas de dents dans la gueule. J’essaie de les convaincre que c’est un personnage…

«T’es pas à la tévé. Qu’est-ce que tu fais là?» me disent-ils. Ils appellent Radio-Canada à Chicoutimi. Là-bas, ils confirment que c’est vrai.

Les policiers comprennent bien que c’est un personnage, que ce fou malade mental fait de la radio habillé en Hi! Ha!. Ils me disent de remettre mon dentier dans ma gueule et de ­sacrer mon camp.

Enlever ses dents

Je dois dire que ça me gêne de ne pas avoir de dents, d’enlever mon ­dentier. Mon personnage de Hi! Ha! l’enlevait, mais moi, jamais tu vas me voir sans dents. Quand j’allais faire de la radio à Chicoutimi à Radio-Canada, je partais de chez moi habillé en Hi! Ha! avec mon vieux pick-up. Tu me voyais passer dans la rue en Hi! Ha! Je rentrais à la radio en Hi! Ha! Si ­l’émission durait deux heures, j’étais deux heures de temps en Hi! Ha! Je ne lâchais pas.

Tout un personnage

Des années plus tard, je croise un ­policier. Il me dit: «J’ai quelque chose à te raconter, je ne sais pas si tu vas te rappeler de moi.»

«Si je m’en rappelle? C’est l’un de mes plus grands souvenirs! C’est vous, le policier?» que j’ai demandé.

«On pensait que t’étais un capoté, dit-il. Pis des années après, on voit Hi! Ha! à la tévé. Je dis à mes chums: “Tsé, le gars pas de dents qu’on avait sorti de l’hôtel? C’est lui, crisse! Il dit la même affaire. Hi! Ha! Vingt-cinq ans, minimum!”»

C’est là qu’il avait découvert que c’était un personnage. On peut dire que c’était la glorieuse arrivée de Hi! Ha! à Montréal.

Propos recueillis par Raphaël Gendron-Martin.