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Absorbé par les années 80

les entrevues du samedi

« Ça n’a jamais été mon but d’être une star»

Humoriste originaire de la Gaspésie, et installé à Québec, P-A Méthot a connu un parcours pour le moins inhabituel au cours de ses 20 années dans le milieu de l’humour. À l’approche du cap des 200 000 billets vendus pour son premier spectacle solo, l’humoriste de 41 ans se paie une soirée à grand déploiement.

P-A Méthot a trimé dur pour en arriver où il est, aujourd’hui. En presque 20 ans de carrière, l’humoriste natif de Chandler, en Gaspésie, a souvent pensé abandonner. Mais il a fini par persister et le voilà qui franchira bientôt le cap des 200 000 billets vendus pour Plus grand que nature.

«Si c’était à refaire, je referais exactement la même affaire, dit-il. Ça m’a permis d’apprendre mon métier, de comprendre ce que je faisais aussi. Il y a des gens aujourd’hui qui font de l’humour parce qu’ils veulent être une vedette. Je n’ai jamais voulu ça. Ça n’a jamais été mon but d’être une star. Je voulais juste vivre de ce que je faisais. Parce que c’est la seule affaire dans laquelle je me sens bien, dans la vie. Je voulais que ça devienne ma profession, être humoriste.»

Autodidacte

Alors que la grande majorité des humoristes connus aujourd’hui sont passés par l’École nationale de l’humour, P-A Méthot, lui, n’a jamais eu l’intention d’aller chercher ce diplôme en particulier.

«L’École de l’humour ne m’a jamais intéressé, dit-il. J’avais déjà développé un style qui était à moi et qui me ressemblait beaucoup. J’avais un peu peur qu’ils me standardisent en allant là. Et il aurait fallu que je déménage à Montréal, que je refuse des contrats...»

C’est pour faire son cégep que P-A Méthot a quitté sa Gaspésie chérie, dans les années 1990. Après avoir étudié au Petit Séminaire de Québec, il a poursuivi à l’Université Laval. «J’ai étudié en communications publiques, en relations industrielles et en histoire», dit-il.

Durant le Festival de sciences et génie, il a décidé de participer à un concours d’humour. «Je ne suis même pas arrivé dans les trois premiers. Mais Mario Grenier m’avait vu et il m’a proposé d’aller essayer les Lundis Juste pour rire, au Dagobert.»

Son passage a été un franc succès. Puis, François Léveillée l’a invité à faire une première apparition à la télé. Et il a ensuite fait les premières parties de François Massicotte, Peter MacLeod et Jean-Michel Anctil. C’est là qu’Entourage l’a pris sous son aile pour son premier spectacle solo.

François Massicotte
Peter MacLeod
Jean-Michel Anctil

Vivre à Québec

«Je suis content de mon cheminement, assure-t-il. Ç’a été long, mais ç’a été un bon cheminement. Même si je n’ai pas “scoré” fort dans mes 20 ans, j’ai toujours “scoré” un peu, jusqu’à en arriver où je suis aujourd’hui.

Malgré le succès qu’il vit présentement, P-A Méthot n’a pas l’intention de quitter Québec pour s’installer à Montréal. «La situation que je vis prouve mon point. Tu n’as pas besoin nécessairement d’être à Montréal pour en vivre. Même s’il y a plus de possibilités à Montréal, je ne suis pas malheureux à Québec. Ils n’ont qu’à m’appeler et je viens. J’aime mieux prendre deux heures pour rouler sur la 20 que faire deux heures dans le trafic.»

Les années 1980 en fête

De son propre aveu, P-A Méthot ne pensait jamais vendre 200 000 billets de son premier spectacle en seulement un an et demi. «En général, je ne suis pas un gars qui manque de confiance. Mais je n’en ai pas de trop. Je remercie les gens de me donner le privilège de gagner ma vie dans la seule chose où je me sens bien. J’aurais très bien pu classer des deux par quatre dans une quincaillerie!»

Pour fêter ce cap de ventes important, l’humoriste a décidé de se payer le Centre Bell, dans une immense soirée des années 1980.

«Je suis un gars des années 1980, dit-il. Il va y avoir plein d’humoristes qui feront du matériel original sur cette décennie, comme Peter

MacLeod, Dominic Paquet, François Massicotte et Jean-Claude Gélinas. On a aussi réussi à inviter des artistes musicaux comme Men Without Hats, The Box, Les BB et Martine St-Clair. Ça va être tout un party!»

Le spectacle P-Arty 80: Back to the coiffure!, de P-A Méthot, aura lieu le samedi 16 mai au Centre Bell. Pour les billets: evenko.ca

L’humoriste anime chaque semaine l’émission Direct dans l’net, à Z, les lundis, 15 h, et les mardis, 18 h.

Les années 1980
dans le sang
photo LE JOURNAL DE MONTRéAL, CHANTAL POIRIER

Né en 1973, P-A Méthot a vécu son adolescence vers la fin des années 1980. Il garde plusieurs bons souvenirs de cette décennie, «où tout était à faire». À l’approche de son spectacle, P-Arty 80: Back to the coiffure, Le Journal lui a posé quelques questions sur cette période colorée.

Qu’est-ce que tu n’aimais pas dans les années 1980 ?

«Les jeans taille haute, car ça donnait un “bedon mou” aux filles. Je détestais ça dans les années 1980. Ça et le toupet. Les gars se mettaient la casquette à l’envers et se gaufraient le toupet. Il y a aussi le “spraynet”, qui ne donnait pas toujours des bonnes affaires. J’avais une blonde qui prenait une heure et demie pour s’arranger et le résultat était bof. L’ozone en a mangé une claque à cause d’elle.»

Quel était ton style à cette époque-là ?

«J’étais assez nerdy. Je pense que j’ai porté ma première paire de jeans à 15 ans. Mes parents m’habillaient toujours en chemise et pantalons. J’avais l’air d’un témoin de Jéhovah, des fois! Quand j’ai eu mes premiers jeans, je suis parti en fou avec ça. J’avais des jeans délavés à l’acide, une veste trois-quarts délavée à l’acide, des shorts délavés à l’acide. J’étais tout délavé à l’acide. J’aimais ça.»

Qu’est-ce qui te reste aujourd’hui de cette décennie ?

«Il me reste de beaux souvenirs. C’était toute mon adolescence. Le premier french, la première fois que j’ai pris une bière. Tout ça s’est passé dans les années 1980. À l’époque, j’étais jeune et je n’avais pas de responsabilités. C’était plaisant. Il y avait une liberté, là. Tout était à faire dans les années 1980. On était à un stade où l’électronique venait de rentrer, autant dans la bureautique, que dans la musique, les télécommunications et le transport. On venait d’ouvrir une porte sur une nouvelle technologie et, surtout, sur un nouveau courant.»

«Dans les années 1980, il y a des courants qu’on n’a pas vus venir, comme le glam rock. Les gars se mettaient du rouge à lèvres. Dans certaines parties des États-Unis, ils brûlaient les disques et les posters des groupes de glam rock. C’était des “suppôts de Satan”. Il y a eu tellement d’affaires tripantes et d’autres, un peu moins. L’ouverture sur le monde, ça te montre le plus beau et le plus laid. Ç’a conscientisé les gens à beaucoup de choses. Ç’a été l’éveil.»

Quel est ton moment le plus mémorable de cette époque ?

«La venue du pape, en 1984. Je viens de la Gaspésie et tout le monde est bien catholique et pratiquant là-bas. Je me souviens qu’à ce moment-là, ils vendaient des gros macarons du pape, avec un truc en carton pour qu’il tienne comme un livre. Tous mes chums en avaient un dans leur maison. Nous aussi, nous en avions un sur le dessus du frigidaire. Tout le monde ne parlait que de ça. C’était aussi les débuts de Céline, avec une dentition à faire peur même au pape.»

Des regrets que tu aurais pu avoir de cette période ?

«J’aurais commencé le piano. J’aurais vraiment aimé apprendre ça. Aujourd’hui, je serais rendu bon! Ce n’est pas vraiment un regret, mais je me dis que si je pouvais retourner en arrière, ce serait le piano. Pourquoi cet instrument? Parce que peu importe où tu arrives et qu’il y a un piano, t’es le “king” de la soirée. Sinon, il y a quelques looks que j’aurais évités, à cette époque. J’avais tout un toupet, dans ce temps-là. C’était un chou-fleur!»

Quel est ton artiste ou groupe fétiche des années 1980 ?

«Metallica a pas mal révolutionné des affaires. Ils ont rendu le métal accessible, sans se dénaturer. Ç’a fait tout un changement dans ma vie. À l’époque, j’avais commencé à apprendre Hélène [de Roch Voisine] à la guitare sèche pour une fille. Mais j’ai troqué l’acoustique pour l’électrique après avoir entendu Master of Puppets.»

«Sinon, le groupe Platinum Blonde, tu n’as pas plus 1980 qu’eux, avec les costumes, le maquillage, les cheveux... Ils ont eu deux succès, Situation Critical et Crying Over You.»

On peut sortir le gars de la Gaspésie...

Même s’il habite la ville de Québec depuis plusieurs années, P-A Méthot reste profondément attaché à sa Gaspésie natale, «là où tout se perd et rien ne se crée», dit-il en riant. Malgré son horaire très chargé, l’humoriste essaie de retourner dans la région le plus souvent possible.

«C’est le seul endroit où je redeviens Paul ou Popol, dit-il. Maintenant, il faut que je vive avec “P-A l’humoriste”, tous les jours. Partout où je vais, dans les restaurants, à l’épicerie, je rencontre des gens. Ça me fait vraiment plaisir de leur parler, mais ce sont souvent les mêmes questions qui reviennent. Quand je retourne en Gaspésie, il n’y a pas de “P-A” parce que les gens me connaissent depuis toujours. Quand ils me croisent, ils voient plutôt Paul-André, le petit gars de Chandler qui a réussi dans ce domaine-là. Ils sont fiers et viennent me le dire. Ils ont un lien filial et émotif avec moi.»

Que lui reste-t-il de la Gaspésie aujourd’hui, dans son métier? «Ma manière de raconter, répond-il. Je n’ai pas fait l’École nationale de l’humour et j’ai développé mon propre style. Ce qui est drôle, c’est lorsque je retourne en Gaspésie, je ne parle pas pendant une semaine. Je ne fais qu’écouter. Mes chums sont bien plus drôles que moi!»

Difficile conciliation famille-travail

Même s’il adore son métier, P-A Méthot confie trouver extrêmement difficile de partir en tournée depuis que sa conjointe a donné naissance à leur petite Zoé, il y a trois ans et demi.

«Si ce n’était que de moi, je serais milliardaire et je serais seulement un papa. Partir en tournée, loin de la maison, c’est le bout dur, même pénible. Parfois, on essaie de s’arranger et ma blonde et ma fille viennent avec moi. On essaie de gérer ça de la meilleure façon possible. Mais ce n’est pas comme si j’arrivais à la maison tous les jours à 16 h.»

«Il n’y a rien qui me rend heureux de même, depuis que je suis papa. C’est complètement fou. Je pensais que la scène, c’était le top. Mais à partir de la seconde que t’entends le mot “papa”, t’es responsable d’un être humain.»

En raison de son horaire qui l’empêche souvent d’être près des siens, P-A Méthot hésite à avoir un deuxième enfant. «Pour moi, c’est épouvantablement difficile d’être toujours parti. Mais le désir d’avoir un deuxième enfant est là. Financièrement, et avec la maison, tout est placé pour qu’on en ait deux ou trois. J’aime tellement les enfants, mais j’en ai déjà une qui subit mes absences et ça me fait mal.»

«Il y a quelques jours, elle m’a demandé pourquoi je faisais encore des spectacles. Elle m’a dit qu’elle s’ennuyait. J’ai braillé après ça toute la route de Québec à Drummondville. J’étais fracassé. Ma fille comprend ce que je fais, mais elle ne comprend pas pourquoi je le fais si souvent.»