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C’est (encore)
chaud
au Café Campus
photo LE JOURNAL DE MONTRÉAL, PIERRE-PAUL POULIN

Assister au tournage de Piment fort, c’est effectuer un retour dans le temps. Certes, plusieurs choses ont changé depuis 2001, mais Normand Brathwaite, TVA et Avanti Ciné Vidéo ont conservé la plupart des traits caractéristiques du jeu humoristique, qui font partie du folklore télévisuel québécois.

photos LE JOURNAL DE MONTRÉAL, PIERRE-PAUL POULIN

À notre arrivée au deuxième étage du Café Campus, l’animateur de foule fait pratiquer le célèbre «C’est chaud! C’est chaud! C’est chaud!» aux spectateurs plus qu’enthousiastes assis aux tables. Plusieurs d’entre eux connaissent également la suite du libellé, que Normand Brathwaite scandera bientôt à pleins poumons après avoir recensé le nombre de cartons rouges, jaunes et verts qui s’agiteront au parterre. «Mais j’ai eu le temps de ­compter avec mon œil de…»

Parlant des spectateurs, ils forment une foule particulièrement bruyante et homogène. Parmi une poignée de trentenaires et quadragénaires souhaitant sans doute revivre leurs premières années d’université, on remarque une forte majorité d’étudiants qui devaient être aux couches quand Piment fort a entamé son règne en 1993.

Nos discussions avec quelques spécimens confirment nos soupçons. «On écoutait Piment fort en famille en ­soupant», nous confie Marie-Ève, 25 ans, venue avec son copain Marco, 26 ans.

L’émission rappelle également de beaux souvenirs à Stéphanie et Marie-Pierre, âgées de 23 ans. «On trouvait ça drôle. Mais c’était aussi vulgaire», déclarent les jeunes femmes, qui souhaitent entendre quelques blagues assez «bitches».

Réaction inespérée

Normand Brathwaite enregistre deux émissions de Piment fort par jour: une première aux alentours de 16 h 30, puis une seconde vers 17 h 30. Entre chaque tournage, on change le public, ­histoire d’avoir les spectateurs les plus frais et disponibles possible. La stratégie semble fonctionner, puisqu’avant chaque enregistrement, on s’entend à peine ­penser tellement la salle est surexcitée.

«C’est inespéré, nous dira plus tard ­Normand Brathwaite. Les gens me crient “C’est chaud! C’est chaud! C’est chaud!” depuis 15 ans, mais jamais je n’aurais imaginé provoquer une telle réaction. Ils sont tellement crinqués. Ils sont tellement hot. C’est vraiment le fun de faire un show pour eux autres.»

«C’est son show»

Dans les minutes précédant le début d’une nouvelle émission, les haut-parleurs du Café Campus crachent toujours Larmes de métal, ce tube oublié de Soupir, un groupe synth-pop dont faisait partie Brathwaite en 1983. L’animateur sort ­ensuite des coulisses survolté, comme s’il venait d’enfiler 10 canettes de Red Bull.

«C’est son show, nous explique Hugo ­Roberge, le producteur au contenu de ­Piment fort. Il est heureux quand il anime Piment fort. Ça crève les yeux.»

Devant les caméras, Normand Brathwaite lance la nouvelle saison de Piment fort avec une pointe de sentimentalisme. «Je vis un rêve! s’exclame-t-il. Après 15 ans d’absence, c’est le retour de Piment fort! Le décor a changé, les gens ont changé… mais ça sent exactement la même affaire!»

L’animateur a raison. Parmi les éléments ­revampés qui accompagneront cette nouvelle mouture, impossible de passer à côté du décor. Oubliez les pans de murs en carton des années 1990. Le nouveau décor de Piment fort est résolument moderne. Les humoristes invités prennent toujours place derrière un long comptoir, mais l’ensemble est beaucoup plus classe… et doit être monté en deux heures et demie.

«On voulait garder l’esprit de Piment fort, indique Hugo Roberge. On n’est pas complètement ailleurs, mais il fallait qu’on entre en 2016.»

De nouveaux jeux

L’enregistrement se déroule sans anicroche sous le regard attentif des six auteurs, Sébastien Hurteau, Hugo Pellicelli, Korine Côté, Frank Grenier, Mikael Archambault et Simon Delisle, qui évaluent la réaction du public après chaque blague, tout comme Michel Sigouin (Sur invitation seulement, Le Ti-Mé Show), qui remplit les fonctions de script-éditeur.

La banque de jeux de Piment fort a grossi ­depuis sa disparition en 2001. Durant les ­tournages, on remarque quelques ajouts, dont Les bios non autorisées, un segment au cours duquel chaque humoriste invité doit titrer la biographie d’une personnalité connue. ­Suggestion de Mariana Mazza pour celle du maire de Montréal, Denis Coderre? Ma vie est un long fleuve de marde, en guise de clin d’œil au scandale des eaux usées.

Autre jeu: Selon un sondage, dans lequel les invités doivent compléter un énoncé comprenant une statistique. Exemple: «Un Américain sur deux… cherche Burger King sur son bulletin de vote», répond Guy Jodoin.

Au total, une quarantaine de nouveaux jeux seront intégrés au programme de Piment fort cet hiver. «On a fait des tests dans des bars top secret l’automne dernier, révèle Hugo Roberge. Ce fut un long processus, parce que Piment fort, ça doit rester un feu roulant. Il fallait s’assurer que chacun d’entre eux ­fonctionne.»