/homepage
Navigation
Chronique

Les sans-statut

Coup d'oeil sur cet article

Ne vous attendez pas à ce que Pierre Curzi ou Louise Beaudoin posent une question à Jean Charest à la reprise de la session parlementaire en septembre. Les règles parlementaires jouent contre les élus sans affiliation politique.

Le portrait de l'Assemblée nationale a considérablement changé depuis les dernières semaines, semaines plutôt tumultueuses. Le Parlement doit composer dorénavant avec 8 députés indépendants : René Gaudreau de Groulx a été expulsé du caucus du PQ, alors que les Curzi-Beaudoin-Lapointe-Aussant -Charette décidaient de devenir agents libres.

Les temps de parole en Chambre et les budgets sont définis par le Bureau de l'Assemblée nationale sur lequel siègent tous les partis. C'est donc un équilibre qui s'établit après chaque élection pour définir l'espace de chacun et cela donne lieu souvent à des partis de bras de fer épiques. Notre système parlementaire favorise nettement le bipartisme et compose mal avec des sous-groupes de députés.

Les nouveaux indépendantistes indépendants n'ont pas encore décidé s'ils vont se coaliser pour avoir une certaine force de frappe. N'ayant pas de statut officiel, n'ayant pas subi l'épreuve d'une élection, ils vont demeurer des « backbenchers » assis tout au fond du Salon bleu. Leur influence, si elle s'exerce, se fera sentir surtout dans les couloirs du Parlement.

Dans le passé, certains élus ou partis ont eu droit à des statuts particuliers. Mario Dumont, chef de l'ADQ, avait obtenu en 1994, un budget de recherche de 100 000 $ et le privilège de poser une question à toutes les trois séances. Son parti avait récolté 6,46 % du suffrage populaire. S'inspirant de ce précédent, Ami Khadir a réclamé et obtenu un budget et un temps de parole en tant que chef de Québec solidaire.

Avec quatre députés, l'ADQ a conservé un budget et des questions, assez rares il faut le dire. Les indépendants Eric Caire et Marc Picard ont aussi droit d'interroger le gouvernement mais doivent se contenter de la portion congrue de la période des questions.

La question des transfuges ou des « sans-statut » revient de façon sporadique à Québec. Au nom de son parti, le député péquiste Yves-François Blanchet a mis en doute la légitimité des nouveaux indépendants, élus sous le label du PQ, allant jusqu'à leur suggérer de se représenter devant leurs électeurs. Un élu a un mandat de quatre ans et doit se représenter devant ses commettants. Entre-temps il est légitimé même si le contrat qu'il a conclu avec l'électeur a été modifié. Il est agaçant de constater que certains lâchent en cours de route car, après tout, ils ont profité du véhicule politique et adhéré en toute connaissance de cause à son idéologie. Si on devait retourner devant les électeurs dès qu'il y une défection, le Québec devrait composer avec un chapelet d'élections partielles coûteuses.

Nous n'avons pas malheureusement dans notre système l'équivalent d'un « recall », les électeurs pouvant retirer leur appui à leur représentant durant le mandat.

Pour décourager les transfuges, un lecteur, Michel Bellemare, suggérait hier que ceux-ci perdent leur prime de départ et ce n'est pas bête du tout.

Commentaires